Blogue de Denis McCready’s Blog

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Textes

Textes lus au Cabaret des Auteurs du Dimanche.

Page en construction – consultez les autres textes prédédents ici.

AUTOFLAGELLATION – 26 avril 2009 – Verre Bouteille, rue Mont-Royal

(il fait la lecture de sa lettre sur son iPhone)

Courriel À : Babillard électronique du Journal Voir – Section des annonces personnelles.
Objet : Lettre ouverte à l’auteure de la lettre déposée à mon appartement après notre rupture, il y a plusieurs années.

Chère femme déçue, saches que jamais je n’aurais voulu que tu gardes ce sentiment de déception en toi, et malgré la dureté de tes mots, je suis content que tu te sois exprimée librement. Je t’écris aujourd’hui pour souligner ton génie, et te faire part de l’incroyable impact de ta lettre, une missive écrite à la main que tu n’as pas signée. À l’époque, c’était superflu, on venait de se séparer et sur réception, ce détail n’aurait que souligné une évidence, l’absence de date était aussi anodine.

Hors plusieurs années plus tard, alors que je faisais un ménage, je suis tombé sur ta lettre. Tu m’accusais de t’avoir séduite, de t’avoir fait sentir spéciale pour t’attirer dans mon lit, de t’avoir traitée au petits soins avec des soupers romantiques arrosés de vin, suivi de nuits torrides où je te promettais mers et mondes, pour ensuite devenir froid comme une pierre et te signifier qu’on devait arrêter de se voir. Après lecture, désagréable il faut l’avouer, j’ai machinalement cherché qui m’avait envoyé cette lettre. J’avais en main une simple feuille de papier pliée, pas d’enveloppe, pas de date nulle part au verso ou au recto, et surtout pas de signature… Je pris le temps de comparer l’écriture avec quelques lettres d’amour récoltées au fil des ans dans un tiroir spécial à cet effet, mais rien ne me permettait de déterminer ton identité. Je pris la peine de relire ta lettre, mais l’absence de détails spécifiques me glaça le sang. Tu avais savamment omis toutes références externes qui auraient pu me permettre d’identifier un événement ou un lieu particulier. J’avais entre les mains une lettre générique de rupture d’une femme blessée par un séducteur en série. Je fut frappé de plein fouet par la dure vérité : je ne savais pas qui tu étais, parce que j’avais fait le même coup à tellement d’autres femmes à l’époque…

Merci beaucoup du coup de poignard dans la chair, je suis certain que tu ne pouvais imaginer meilleure vengeance. Je sais déjà comment on se sent quand on se fait ouvrir le ventre par un scalpel froid et que l’on ressent son sang chaud couler sur son ventre. Un chirurgien un peu pressé m’a déjà donné un coup de bistouri sans vérifier si j’étais bien anesthésié. Contrairement à mon sous-sol où j’ai découvert ta lettre, il est plus sécuritaire de se faire ouvrir les tripes dans une salle d’opération.

Au début, je l’ai reçue comme une lame. Puis elle est disparue dans ma mémoire trouble. Le réel bouleversement n’est pas venu en relisant ma liste de conquêtes – elle existe – pour tenter de t’identifier, ni en revoyant une ex sur le coin d’une rue dans les bras de celui qui la rend heureuse. Ta lettre avait semé la graine du poison, mais c’est en regardant un film que la plante maudite a germé.

Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Après avoir terminé de regarder le film, j’ai eu l’impression qu’on m’ouvrait le cœur de la même manière que mon chirurgien maladroit : sans anesthésiant, d’un coup sec de la lame. J’ai mis au moins 4 heures pour recommencer à fonctionner normalement, assis dans mon salon la tête entre les mains, à comprendre comment j’avais raté ma vie.

C’était comme une scène de Fellini, j’étais assis sur mon divan et toutes les femmes que j’avais aimé, et celle que j’aurais du aimer, étaient dans le salon avec moi et me regardaient, me jugeaient, me faisaient sentir toute la peine que je leur avais faite. J’étais en train de devenir fou.

Avant ta lettre, je n’avais jamais réalisé à quel point c’était facile pour moi d’oublier une femme. Le film actualisait d’une manière étonnante toute la portée émotive de cette amnésie. Il n’y pas plus grande violence que l’oubli. Parce que des insultes, des claques, je n’en ai jamais donnés de toute ma vie, mais des mots froids, implacables, qui tombent comme une guillotine, ça par contre, je sais ce que c’est. Et ensuite, le néant…

Je sais que ma froideur à couper les ponts pouvait paraître inhumaine, et si ça peut te rassurer, je n’ai pas passé ma vie à traiter les femmes de la sorte. J’ai aimé et j’ai eu la chance inouïe d’être aimé en retour, comme un Cyrano qui ne se cache plus, et à qui on aurait dit oui. Les mots m’ont aidé à me faire aimer aussi. La plume, c’est vrai, est l’allié de l’amant. Et je n’échangerais pour rien au monde toutes les pitounes de char, les groupies de musiciens ou les opportunistes de la télévision, contre le regard transit d’une femme qui vient de me lire et qui fond comme du chocolat au soleil.

Après avoir visionné ce film si troublant, et en résonance avec ta lettre, je suis tombé dans une spirale de dépression; il me semblait que la seule issue était de revoir les femmes que j’ai aimé, mes conquêtes, mes maîtresses, et leur demander pardon. À chacune, je refaisais le même numéro de l’homme meurtri, en doute, plein de culpabilité et de remords. Certaines s’en donnait à cœur joie, me meurtrissant de leurs critiques amères; je les aidaient parfois en ajoutant des détails encore plus sordides sur moi-même. D’autres me prêtaient une oreille à la limite de l’indifférence et me reconduisaient à la porte en me disant de prendre soin de moi. À chacune d’elles, je montrait la fameuse lettre, et nulle ne la reconnaissait. Pendant deux ans, je me suis imposé ce régime masochiste d’archéologue amoureux jusqu’au jour où l’une d’entre elle, plus perspicace que les autres, m’a posé une question qui a mis fin à ce suicidaire manège.

Et si la lettre avait été écrite à un autre homme?

Elle me rappela qu’à l’époque où on se fréquentait elle et moi, trois brèves semaines lubriques, j’habitais sur le Plateau Mont-Royal depuis deux ans avec deux jeunes hommes de mon âge, eux aussi en proie aux démons de la séduction. Elle me rappela qu’à plusieurs reprises nous avions déjeuné à six, les trois hommes de la maison et nos trois conquêtes du moment. Hors, quelques mois plus tard, l’un d’eux termina ses études et retourna vivre aux États-Unis, et l’autre partit en vacances en Europe; ils quittèrent l’appartement rapidement et avant l’échéance du bail en me laissant quelques cartons et effets personnels en consigne. Dans le chaos de cet appartement de baiseurs invétérés, une petite lettre d’une amoureuse éconduite aurait pu tomber dans la mauvaise pile et se retrouver entre mes mains par inadvertance.

J’étais tétanisé.

La logique implacable de sa question était d’autant plus vraie, qu’après toutes ces années, je n’avais jamais remarqué que mon nom n’y figurait pas en entête… Donc ta lettre, LA lettre, aurait pu être adressée à n’importe quel homme de cet appartement… Mais c’est moi qui l’a trouvé.

Donc, chère femme anonyme à la plume vitriolique, merci! Tu as changé ma vie.

Après consultation à son confessionnal, le Père Aubé m’a envoyé en cure auprès de moines spécialisés dans le traitement des victimes de l’Opus Dei, adeptes de l’autoflagellation physique. Il y voyait là un puissant parallèle. Après mon traitement, je pris de grandes décisions afin d’améliorer l’harmonie de ma vie amoureuse.

Maintenant, je prend le temps de connaître une femme avant de m’impliquer amoureusement et sexuellement.

Ensuite, je prend le temps de réfléchir à nos difficultés avant de décider de rompre avec elle.

En dernier, j’exige maintenant que toutes communications non-verbales soit faîtes de manière électronique, ainsi tout est daté, l’auteure est connue, et… c’est beaucoup plus facile à effacer.

Je te laisses avec mes salutations les plus chaleureuses, et c’est signé : LUI.

(il appui sur une touche) Envoyer. Votre message a été envoyé.
(il appui sur une touche) Effacer. Voulez-vous vraiment effacer le message? (il appui sur une touche) Oui. Votre message a été effacé.

(soupir de soulagement)
Enfin libre!
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GLORIEUX – 12 avril 2009 – Verre Bouteille, rue Mont-Royal

Mes amis, je suis inquiet pour le Québec, pour notre avenir, mais j’ai trouvé la solution pour assurer la stabilité politique et économique de notre province dans ces moments de dures crises : après 100 ans, il faut que les Canadiens de Montréal quittent le Québec. C’est la seule manière d’éviter la catastrophe. Et pour moi, la catastrophe, ça serait la souveraineté du Québec.

Avec la fin de la 2e guerre mondiale et la Coupe Stanley de 1946, l’inconscient collectif des francophones d’ici a été contaminé par les discours de liberté, par l’avènement de l’ONU, par la signature de la déclaration universelle des droits de l’homme, et le peuple québécois s’est mis à rêver de devenir indépendant.

On est passé proche plusieurs fois. Notre province aurait pu sombrer dans le pire chaos, devenir un paria au yeux du monde, et ça a failli se faire de manière toute machiavélique à travers le sport. Au début, notre système politique était trop imperméable à ces idées dangereuses, c’est à travers une figure messianique du hockey qu’elles ont pris racine avec Maurice Richard et la Coupe Stanley de 1953. Il n’était pas seul: Doug Harvey, Bernard Geoffrion, Jean Béliveau, Jacques Plante.

Mais c’est Maurice Richard qui enflammait les foules. Cet homme a failli causer une insurrection nationaliste! L’émeute, la fameuse émeute de 1955!

Les terroristes d’estrades, ces nationalistes émergeants étaient furieux! Pourtant Maurice Richard avait commis une faute grave. Il avait frappé un arbitre qui le retenait pour permettre à Hal Laycoe des Bruins de Boston de placer son coup de poing. C’était simplement une mise en scène au hockey des rapports économiques que le Québec de Maurice Duplessis entretenait avec les corporations anglo-saxonnes canadiennes et américaines qui achetaient nos ressources naturelles minières au prix généreux de une cenne la tonne et récoltaient les redevances de notre électricité. Les vrais maîtres du jeu au Canada envoyaient simplement un message clair au peuple québécois via la ligue de hockey : arrêtez de vous démener comme des diables dans l’eau bénite, vous nous empêchez de vous manger la laine sur le dos. Qu’est ce que Maurice Richard avait d’affaire à se mêler de politique en frappant l’arbitre pour se dégager.

Il aurait du fermer sa gueule, et encaisser le coup de poing en disant merci pour donner l’exemple.

Pourquoi voulait-il secouer un peuple qui dormait confortablement entre le clergé et les Anglais, deux groupes qui s’évertuaient pour leur donner une belle qualité de vie? C’est dangereux de laisser un peuple ordinairement gentil se rebeller ouvertement et crier sa colère! C’est comme ça qu’on bouleverse l’ordre établi. L’émeute du printemps 1955 ressemblait à une simple flambée de violence partisane, mais ça aurait pu dégénérer en guerre civile!

Mais Maurice Richard ne s’est pas arrêté là. De 1955 à 1960, il se venge en menant les Canadiens à 5 coupes Stanley consécutives. Le Québec se réveille! Deux ans plus tard, Jean Lesage et René Lévesque faisaient campagne avec le slogan « Maîtres chez nous ». La graine du nationalisme était planté dans le milieu politique!

Coïncidence? Non monsieur. On n’a qu’à lire un propagandiste de l’époque, Félix Leclerc, un « poète » qui a commis cette phrase à propos de Maurice Richard:

« Quand il lance, l’Amérique hurle. Quand il compte, les sourds entendent. Quand il est puni, les lignes téléphoniques sautent. Quand il passe, les recrues rêvent. C’est le vent qui patine. C’est tout le Québec qui est debout. Qui fait peur et qui vit. »

Maurice Richard un héros pour la jeunesse? Il ne portait même pas de casque.! C’est pas un modèle pour nos enfants, un héros qui ne respecte même pas les règles de sécurité les plus élémentaires. En plus, il jouait souvent blessé. Faux-tu être irresponsable avec sa santé? Heureusement aujourd’hui, il y a des médecins spécialistes pour prévenir ce genre de témérité, ce machisme primaire; quand tu fais ta quatrième commotion cérébrale, tu prends une ou deux semaines de repos, assis dans l’estrade en veston-cravate. Le hockey est devenu un sport civilisé.

Parce que c’était encore un sport de barbare dans ces années-là. Il y a eu quelques efforts pour commencer à l’ennoblir: avec ces strophes élégantes, René Lecavalier essayait tant bien que mal d’assainir le français de notre peuple, adorateur de brutes édentés.

Mais les choses ne sont pas resté là. Après une accalmie de 5 ans, les coupes Stanley recommencent avec Jean Béliveau: 65, 66, 68 – l’émeute de la St-Jean, 69. Un an plus tard le Parti Québécois voit le jour. 71, 73, l’année où le Parti Québécois devient l’opposition officielle, 76 l’année où le PQ est élu!

On est passé proche avec Maurice Richard et Jean Béliveau, et là ça recommençait de plus belle. La saison 1976-1977 des Canadiens a été mémorable!

(rêveur)
Je le sais, c’est le cœur de mon enfance.

Guy Lafleur, un autre pas de casque, Robinson, Cournoyer, Gainey, Savard, Lapointe, Lemaire, Dryden. Ils continuaient leur ravage politique, intoxiqués comme des marins alcooliques de cette soif de Coupes Stanley consécutives qu’on n’avait pas vu depuis Maurice Richard. Moi, jeune influençable, je les regardais sur ma télévision noir et blanc des années ’60, un tube flou, sale où tu méprenais parfois une poussière pour la rondelle. La préhistoire! Heureusement aujourd’hui on a la télévision Haute Définition en stéréo, les animations numériques, les statistiques instantanées sur internet, on peut même faire une pause dans le match avec notre système d’enregistrement numérique. On est finalement sorti de la grande noirceur!

Cette saison là, mon père me promettait régulièrement d’aller les voir au Forum. C’était quelque chose : toutes statistiques confondus, l’équipe de la saison 76-77 est la meilleure équipe de hockey de toute l’histoire de la LNH. J’aurais échangé mon bicycle CCM a poignée mustang pour aller les voir!

(solennel)
Mais mon père était un homme sage, il ne m’a jamais emmené voir les Canadiens au Forum. Il voulait pas m’exposer à ces folies là : l’excitation de la foule, infantilisé par l’alcool et la pression du groupe, le bruit, la cigarette, les hot-dogs steamés.

Les Coupes Stanley continuent: 76, 77, 78, 79. Dans ces années-là, avec la montée du nationalisme et l’annonce d’un éventuel référendum, une soirée au Forum contre les Maple Leafs de Toronto, c’était lourd de sens! On était pas loin des rassemblements Nazi, avec les drapeaux au plafond, les logos graphiquement puissants, les slogans scandés à plein poumons, la musique grandiose et entraînante qui te donne des frissons quand tu l’entends. C’était insidieux, tout ça.

Et puis faire la souveraineté en 1980, ça aurait eu des retombées épouvantables: prise de pouvoir de l’ethnie majoritaire, fuite des capitaux corporatifs dans des camions blindés, exil massif de la minorité anglophone bienveillante. On n’avait pas le droit de faire peur au reste du Canada comme ça! À nouveau, l’échec. Soulagement.

La déprime post-référendaire est éloquente : pas de Coupe Stanley avant 86, un soubresaut, le tison brûle encore. Les esprits s’échauffent avec la coupe de 1993 – une autre émeute, puis le référendum de 1995.

Gagné à 50,5%! Ouf!

Depuis, c’est la débandade. Après la mort des « héros » nationalistes Maurice Richard, René Lévesque, Félix Leclerc, et la spirale de mauvaises saisons des Canadiens, on peut penser que la souveraineté du Québec ne se fera jamais, mais pour tuer définitivement tout risque de tragédie, il faut prendre les grands moyens. Comme la loi des mesures de guerre de la crise d’octobre 1970, il faut frapper l’imagination du peuple. Il faut leur enlever l’espoir. Il faut s’assurer que les Canadiens de Montréal ne gagnent plus jamais la coupe Stanley. Après 24 triomphes impérialistes, le club de hockey Canadiens doit arrêter cette marche dictatoriale qui a failli mener à la dislocation du plus beau pays au monde.

Parce que maintenant on est tellement mieux au Québec. Le gouvernement libéral de Jean Charest veille à notre bien-être collectif en retournant aux méthodes ancestrales de Duplessis pour garder notre peuple obéissant, confortable et docile : rendre accessibles les profits des ressources naturelles minières et électriques aux intérêts étrangers.

Protégeons cet acquis et l’unité du Canada en vendant le club de hockey Canadiens aux États-Unis.

Sous un gouvernement Charest, j’ai maintenant une vie équilibrée, saine, bilingue et politiquement acceptable. En ne m’emmenant jamais au Forum voir les Canadiens, mon père m’a protégé. Il savait que la chose la plus dangereuse pour une jeune âme sensible, c’est de se laisser influencer par les idées des autres, alors qu’il vaut mieux de vivre dans un monde harmonieux en faisant quelques compromis. Mon père m’a épargné de devenir une autre victime de ces dangereux poisons de l’âme que sont le sentiment d’appartenance, le rêve et la fierté.

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GAUVREAU – 22 mars 2009 – Verre Bouteille, rue Mont-Royal

Jean Rivard, division des crimes contre les artistes.

Rapport préliminaire d’enquête sur la mort récente de l’écrivain qui opérait sous le pseudonyme Denis McCready.

Rappelons les faits : à la veille de la lecture de son texte sur le thème Gauvreau, McCready a été retrouvé empalé sur une clôture, victime apparente d’une chute incontrôlée du toit de sa résidence.

Nonobstant le parallèle évident avec la mort violente de l’auteur Gauvreau, Claude de son prénom, homme de théâtre de génie disparut en 1971 dans des circonstances similaires, nous posons ici les mêmes hypothèses qui avaient étés retenues à l’époque: suicide ou accident.

J’ajouterais aussi l’hypothèse du meurtre, ayant découvert que McCready craignait pour sa vie depuis qu’il avait commis le regrettable thème PARADIGME sur lequel ses collègues Auteurs du Dimanche s’étaient particulièrement échinés en début de saison. McCready, rongé par le remord, avait avoué en être l’auteur, mais vivait depuis dans la crainte – proche de la paranoïa – qu’on lui ferait chèrement payer.

Revisitons la nuit précédant son décès.

La facture du restaurant retrouvée dans son portefeuille indique qu’il prend en milieu de soirée un repas d’anniversaire bien arrosé dans un restaurant français en compagnie d’une femme, pour l’instant anonyme. McCready retourne ensuite à son domicile et les voisins d’en bas sont formels, de 23h30 à 2h45, le couple a fait un vacarme terrible entrecoupé de cris, de gémissements, d’appel à la fornication dans trois langues et de consommation répété d’alcool, tel que suggéré par les deux bouteilles de vins retrouvées – l’une dans la douche, l’autre sous le divan du salon.

Autour de 3h, la mystérieuse femme quitte l’appartement, comme le suggère l’observation des voisins soulagés de ne plus avoir à endurer le martèlement des talons hauts sur leur tête. Mais aussitôt le départ de la femme en question, ils sont outrés d’entendre un autre bruit de martèlement, de source inconnue.

Suite à la découverte du corps de la victime, les policiers identifient effectivement dans son domicile une machine à écrire de marque Underwood 1925 – l’année de naissance de Claude Gauvreau – hasard ou coïncidence? Cette machine semble avoir été utilisée par la victime pour y écrire son texte prévu pour les Auteurs du Dimanche.

Intitulé « Gauvreau, la liberté de la folie, échappatoire de la souveraineté non-accomplie », le texte est dense et dépassait largement la contrainte habituelle des ADD, et à en juger par les multiples versions retrouvées sur le plancher, sur sa table de travail et même dans son lit, il semble que l’auteur McCready peinait à en réduire la longueur.

La cuisine ne révèle rien d’extraordinaire, sauf que la machine à expresso était encore allumée et le lavabo contenait trois bols vides portant des traces de café au lait. Ceci nous suggère une caféïnation importante pour un homme ayant consommé autant d’alcool.

Sa table de travail révèle à elle seule les préoccupations du personnage. L’équipe du coroner a identifié : résidus de chocolat noir, bière québécoises, vodka et whisky importés, sueur et sperme de la victime, sueurs et autres liquides corporels d’au moins deux femmes, condoms usagés, couteau utilitaire de marque Leatherman, ordinateur portable non-fonctionnel – notre spécialiste souligne que l’ordinateur a arrêté de fonctionner 24h avant le décès – découpures de magazines pour adulte, page arrachée du manifeste du FLQ, manuel d’instruction de l’armée américaine « Counter insurgency and urban warfare », article décrivant en russe la grenade d’infanterie, et un calepin écrit à la main dans un code que même le SCRS n’a pas réussit à craquer.

Le début du texte est autoréférentiel, comme c’est l’habitude chez les égocentriques : « L’acte d’écrire est profondément affecté par les lieux du corps. On ne se confie pas à la page de la même manière quand on est assis confortablement sur une chaise de professeur d’université grassement payé que quand l’on croupit dans le fond d’une cellule froide de prisonnier politique. »

Puis il semble prendre une tangente qui suggère une frustration latente lié à son insuccès professionnel : « Le pays du corps affecte l’œuvre aussi… Notre pays, je veux dire notre semblant de pays, affecte la création littéraire. On n’écrit pas de la même manière quand on vit emprisonné dans un appartement minable à Montréal que quand on reçoit la bourse du Conseil des Arts vous donnant accès au studio de Paris toutes dépenses payées. »

S’en suit une analyse sur les symptômes de la folie dans la littérature québécoise, il réfère à Claude Gauvreau, Émile Nelligan, Hubert Aquin, et plus récemment aux éditoriaux d’Alain Dubuc sur la nécessité de détruire l’environnement pour favoriser le développement économique du Québec.

Il se lance ensuite dans un lyrique plaidoyer sur l’état actuel du Québec : « Pourtant certains nous croient libres, mais le glissement progressif vers la droite est en cours, vers le fascisme, vers l’obscurantisme, vers la dissolution du social dans le capitalisme sauvage. Les preuves sont là : regardez nos politiciens-fantoches actuels, la concentration de presse PowerCorporation / Québécor, nos staracadémiciens de la culture, nos lofteurs donnés en pâture à la puérile liberté d’expression télévisuelle, notre abdication du territoire pour enrichir les déjà riches, et appauvrir le collectif. »

Il adopte alors un ton grandiloquent, suggérant à mon sens une nouvelle dérive mentale : « Nous sommes certainement contents que l’hiver soit finit, mais le printemps du Québec se fait attendre. On étouffe ici. Notre pays sent le renfermé mental. On peut protéger ses lainages, mais la boule à mites intellectuelle risque de nous figer comme des bonasses statues de cire dans le musée de notre peuple. »

Puis il adopte un ton conspirationniste : « Nous vivons dans la peur permanente entretenue par les médias. Rappelez-vous : le communisme, les abeilles tueuses d’Afrique, le bogue de l’An 2000, le terrorisme islamiste, la grippe aviaire, la lystériose… À chaque année, une nouvelle peur. La plus récente : la crise économique… Je suis viscéralement convaincu que nous allons voir nos libertés fondamentales s’effondrer, voir pillénos écosystèmes, la vente de notre système de santé publique et le marchandage de nos richesses naturelles collectives pour répondre à cette « crise économique ». »

Et enfin maladroitement révolutionaire : «  Il nous restera donc trois choix :
Courber l’échine, sombrer dans la folie, collective ou individuelle, ou s’opposer par nos voix,  par nos gestes citoyens, par la désobéissance civile.
Mes amis, à vous de choisir : l’abdication, la folie ou la guerre. »

Puis il cite Gauvreau : « Le travail n’est pas liberté. Le travail est dans la liberté. »

Les douze dernières pages sont recouvertes de cette citation de Gauvreau de bas en haut, de gauche à droite, suggérant qu’il ait passé plusieurs heures dans un cycle de rétroaction mentale proche de la schizophrénie. La porte arrière débarrée de son logement, qui donne accès au toit, ne portent aucune autres empreintes digitales que les siennes. La victime avait habitude d’y monter pour prendre l’air, nous ne pouvons donc conclure après examen des indices qu’il s’agisse d’un accident ou d’un suicide. Prochaine étape : l’interrogation des auteurs du dimanche ayant participé au thème PARADIGME. Faîtes entrer Edouard Hardcore.

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DÉNEIGEMENT – 30 mars 2008 – Verre Bouteille, rue Mont-Royal

On avait toujours peur que tu partes une fille enceinte. La drogue, ça nous dérangeait moins. Ta mère avait eu une passe de pot assez intense, pis elle n’a pas si mal tournée, après tout. On pense pas à ça la neige. On s’en plaint, on fait attention quand on conduit, mais on pense pas à ça la neige. Toi, c’était l’inverse. Neige = planche, neige = toi pis tes chums en sueur après une descente, neige = frencher la p’tite Brisson en arrière d’un arbre. Elle arrête pas de brailler depuis. Ta mère aussi. Criss qu’y en a épais. On pense pas à ça la neige. 12 mètres, ostie. Il reste 12 mètres, pis y a pas un ostie de pelle mécanique qui peut se rendre ici.

J’ai failli les étamper quand y m’ont dit qu’il fallait attendre le printemps. Syndicat d’mon cul… Les syndicats. Les mêmes osties de syndicats qui m’ont empêché de creuser la tombe de mon père à la pelle, parce qu’on avait envie, mon frère et moi, de le porter en terre nous-mêmes. Je regrette encore le jour où j’ai finalement abdiqué, je regrette le jour où je suis devenu mou. Mais ma mère était déjà dans tout ses états, fait que d’essayer de négocier ça avec le cimetière pour l’enterrer, c’était pas une solution. Il y a des pays où on respecte la volonté des familles, des pays où la mort a encore une valeur.

C’est peut-être ça qui nous a rapproché après tout. Toi aussi t’avais perdu ton père. Il n’y a pas d’âge pour se sentir tout seul au monde parce que ton père est mort. Ça m’est arrivé à 30 ans, pis des fois je me sens encore comme un ti-cul.

Le printemps, tabarnak. J’attendrai pas le printemps pour te déneiger de là. J’attendrai pas le printemps pour que ta mère vive son deuil. Ça fait deux jours que je pellette. Pis je vais continuer de pelleter. J’attendrai pas le printemps pour que t’émerges comme l’homme de glace qu’ils ont trouvé dans les Alpes. L’homme des glaces. C’est à cause de lui que tu t’es inscrit en science de la santé. J’me rappelle quand il l’ont trouvé, t’étais jeune ado. T’en as parlé pendant des semaines, on t’a acheté des livre sur les hommes préhistoriques, t’étais là-dedans par-dessus la tête. Pis à un moment donné, les filles ont embarqué dans le décors, pis ça c’est calmé. Mais tu rêvais encore de devenir médecin. T’aurais fait un bon médecin, mon p’tit criss. La manière que tu nous regardais dans les yeux, ton regard bleu, tu savais écouter aussi. La fois que tu as traversé le wagon de métro pour aider une vieille femme à se relever. Le monde a figé parce qu’elle a lâché un drôle de râlement en tombant, elle avait l’air agressive. T’as même pas hésité. T’as même échappé ton livre dans la slush du métro tellement tu t’es levé rapidement. T’as traversé le wagon d’un coup, en silence. Des fois je repense à ça, pis j’me dis que t’étais peut-être un peu ninja. Tu t’es penché, les adultes autour se sont reculé comme si ils savaient que c’était toi qui était en charge. Tu lui as parlé doucement en l’aidant à se rassoire. Pis là, accroupis devant elle, pendant que le reste du wagon reprenait sa vie, tu l’as rassuré – j’entendais pas ce que tu y disais – puis tu es revenu nous rejoindre. J’ai jamais vu Julie aussi fière. Ce jours-là, on s’est regardé, Julie et moi, pis on a décidé, sans même se parler, qu’on se saigneraient pour te payer tes études.

Ostie… Il va falloir canceller ta demande d’inscription au Cégep. Criss de bureaucratie…

Tu remarqueras que j’ai pas utilisé l’expression « Ta mère pis moi ». Ça m’a pris du temps à comprendre que ça te rappelait ton père. Pis que t’aimais pas ça, que je parle comme ton père. Moi non plus. Je t’ai pas appris à attacher tes souliers. Mais je t’ai acheté ton premier rasoir, pis je t’ai montré comment t’en servir, sinon tu te serais arraché la face au premier coup de lame. T’étais tellement maladroit parce que ça coupait; t’étais peut-être pas ninja, après tout.

J’ai les pieds gelés. Ça fait une heure que j’ai les pieds gelés. Bon, je vais quand même pas perdre des orteils sous prétexte que tu as eu plus froid que moi. Qu’est ce que tu faisais en dehors de la piste, tabarnak! C’est tranquille ici, quand même. Peut-être que tu voulais juste avoir la paix. Qu’est ce que tu faisais ici? Personne a rien vu, ils ont juste entendu un grondement sourd. Une fois que les curieux se sont éloignés, Éric a remarqué ta planche sur le bord de la piste. Pis là les gars du ski patrol ont flippé. Il voyait rien d’autre que des arbres couchés, pis le résultat : 12 mètres de neige. Après une heure à te chercher sur les pistes, l’évidence est tombé comme une guillotine. Ils ont même pas pu te repérer avec leurs perches. Rien. Ta mère s’est cassé la voix à hurler quand ils nous ont dit une couple de jours plus tard qu’ils arrêtaient les recherches.

Le silence. Ici pis dans la maison. C’est comme le même silence. Le craquement du plancher quand elle traverse la cuisine pour se faire un thé. Le bruit des arbres gelés quand le soleil les effleurent. La cuillère dans la tasse. La pelle dans la neige.

Ça m’est venu quand j’ai vidé mon portefeuille l’autre matin, dans le tas de factures, de cartes de crédit, la photo de mon père est sorti de son étui. La feuille de papier aussi. Un poème de Rudyard Kipling. Mon père me citait toujours ça quand j’étais petit. Il en oubliait des bout, mais ça finissait toujours par la même phrase. « Tu seras un homme, mon fils. »

Elle a pas compris quand j’ai mis mon habit de motoneige. Elle sentait quelque chose.
« Tu vas où? »
« Je m’en vais chercher ton gars. »
Elle a rien dit.

Je dois avoir clairé 1 mètre aujourd’hui. Avec hier, il en reste encore dix. Il est tard. J’reviens demain, Jonathan, je reviens demain.

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TAXI -  6 Avril 2008 – Verre Bouteille, rue Mont-Royal

J’ai passé la semaine à y penser, et je ne savais pas quoi choisir, alors je vous livre quelques idées décousues sur le taxi.

La première qui m’est venue était de raconter la mort de mon père, et le long voyage de taxi que j’ai du faire pour aller de Montréal à St-Jérôme, voyage qui était l’écho d’un autre grand voyage de taxi, fait quelques années auparavant avec mon amie Annie, lorsque son père est mort dans des circonstances similaires. Un texte ne racontant que la réalité, et dont les incroyables coïncidences auraient servi de justificatif pour vider mes tripes sur la scène sans ménagement. Ça aurait été lourd, il y aurait eu un silence épais, j’aurais parlé doucement, faisant des longues pauses à des moments choisies, pour prendre une grande respiration, pis vous laisser croire que je pourrais peut-être me mettre à brailler. J’aurais porté la mort de mon père comme un stigmate sanglant, je vous aurais imposé ma douleur en public, ça n’aurait même pas été thérapeutique, juste obscène. J’haïs les histoires vraies de douleurs personnelles ressassés en petit bouillon de commisération. J’ai horreur des gens qui ont souffert et qui marchandent les ecchymoses de leur vie. C’est comme récolter sa marde ou son vomit pour en faire une soupe et l’offrir à manger aux autres, c’est dégueulasse, c’est obscène et c’est surtout pas de l’art. Le nombre de livre écrit comme ça, le nombre de documentaire chiant à crever, où la personne raconte sa douleur sans aucune réflexion ou perspective, sans arriver à raconter une histoire qui se tient. Sa douleur… Argh! C’est pas parce que c’est une histoire vraie, que c’est bon. C’est ça que je mettrai dans le projet de loi C-10, pas des termes vagues comme « ordre public » , j’interdirais les faits vécus racontés à la première personne.

Imaginez un instant : « Papa, tu sais, je n’ai pas eu le temps de te parler avant que tu meures… Chaque jour, je me regarde dans le miroir et je me demande si je te ressemble… » Ahh.. Pénible. Pis vous auriez été obligé de m’écouter, dans un silence confis de malaise, faisant attention de ne pas cogner votre bière. Pis en plus, j’aurais tué dans l’œuf toute critique possible, pas de place pour commenter mon rythme, ou le choix des mots. Ça vous aurait laissé avec deux options – m’éviter le reste de la soirée, ou me toucher l’épaule d’une manière senti en m’adressant un clignement de yeux avec les lèvres pincées. Fais que je vous ai épargné.

Après ça je me suis dit que je ferais un essai sur le taxi, comparant les avantages économique du taxi sur la voiture, dressant au passage une étiquette du taxi, genre qu’est-ce que tu as le droit de manger en taxi, combien il faut laisser de pourboire, etc. J’aurais essayé d’être comique, et j’aurais échoué misérablement.  Je ne suis pas bon là-dedans.

Ce qui fait que j’aurais été obligé de jongler avec un concept simple, genre qu’il y a deux types de chauffeurs de taxi : celui qui parle, celui qui parle pas. Le pire, c’est que c’est vrai. En plus, le taxi peut être une source vivante de nouvelles. Prenez un taxi avec un chauffeur Haïtien et lancez-lui: « Coudonc, qu’est ce qui se passe en Haïti? » Bang, il part et là vous aurez un compte-rendu complet, un éditorial sur roue avec en bruit de fond un match du Canadien ou de la musique tropicale. C’est cent fois plus intéressant que Bernard Derome.

J’ai eu les meilleures discussions sur le Coran ou l’Islam dans des taxis. Un jour, le gars écoutait un CD récitant le Coran, et il a fait mine de baisser le volume quand je suis entré. Je lui ai demandé de le remonter. C’était superbe. Le récitant était une grosse vedette dans l’Islam, une voix ensorcelante. J’veux pas passer pour un freak, mais j’écoute parfois le Coran sur mon iTunes, j’comprend rien, mais c’est beau et ça incite à la réflexion.

J’ai aussi pensé faire un petit exposé baveux, macho et égocentrique sur toutes les femmes que j’ai séduites et qui m’ont ramené chez elle en taxi. Décrire les longs french langoureux -  parce que c’est correct de se frencher en taxi, mais pas de se jouer dans les culottes. J’aurais dépeint des intellectuelles qui parlent sans cesses entre deux étreintes, des perverses qui sortent leur jouets sexuels à peine la porte d’entrée passée, celles qui ont besoin de se sentir spéciale, parce qu’elles ont une grande culpabilité par rapport à leur plaisir, pis qui finissent pas abdiquer après deux trois mensonges ou compliments bien placés, celles qui vous font comprendre sans le dire qu’elles ont besoin de se faire bardasser, qu’elle ont envie d’être baisé sauvagement la face dans l’oreiller, celles qui vous font fondre juste à vous regarder dans les yeux, dont vous devenez amoureux au premier instant, sachant très bien que vous vous ferez piétiner le cœur avant que ça finisse. Ça aussi ça aurait été pénible, pis franchement ça vous regarde pas. Pis si ça se trouve, une d’elle aurait été dans la salle, pis j’aurais reçu une bière par la tête.

Sauf qu’à part le trajet pour l’aéroport, le meilleur voyage en taxi, c’est le lendemain matin. Quand tu rentres tôt dans la lumière bleue, l’estomac vide, la tête pleine de souvenirs de ta nuit, le temps est suspendu – tout pourrait arriver après cette soirée-là. Tu roules dans le silence de la ville, remerciant le ciel d’avoir un chauffeur qui ne parle pas. La voiture attrape toutes ses lumières, naviguant une ville vide, où les chats errants et les livreurs de journaux sont rois. Ta vie ne t’as pas encore rattrapée, le téléphone a pas encore commencé à sonner. Dans tes vêtements de la veille, tu sens encore son odeur sur ta peau. Si ça se trouve, tu l’aimeras jamais autant qu’à ce instant-là, pis le pire c’est qu’elle ne le saura jamais. C’est un moment volé à la folie, une amnistie temporaire dans ta guérilla urbaine. Comme un réfugié affectif perpétuel, tu peux chercher des moment comme ça toute ta vie. Ça m’a pris 20 ans pour comprendre que c’est même pas une affaire de cul, que le seul remède pour ne pas perdre la tête dans ce monde détestable, c’est d’être dans les bras d’une femme.

Taxi!

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ACCOMMODEMENT

Bien qu’étant un humble membre de cette communauté, je m’accommode mal de la mesquinerie intellectuelle des artistes montréalais. J’entends souvent des commentaires négatifs sur les Autres, les autres artistes, mais bien peu de réels commentaires intéressés et analytiques. Quand ce ne sont pas des vacheries sur l’absence de valeur de l’oeuvre, ce sont des doutes sur la pertinence de l’aide financière qu’ils ont reçu, évidemment on écorche vifs ceux qui ont du succès – c’est une spécialité québécoise. Parfois c’est une condamnation comme un crachat : « c’est de la merde ». C’est sans appel, la plupart du temps gratuit, mais jamais en pleine face. Une mesquinerie couplée d’une lâcheté peu commune. À moins d’être payé pour s’affubler du titre de CRITIQUE, il est de bon ton de se taire. Sauf entre amis, complices de poignards dans le dos, meublant de cynisme les espaces grégaires pour combler le vide des idées, chiant sur l’Autre en guise de déclaration intellectuelle. Un symptôme qui me donne l’impression que le Québec est un petit panier de pains malgré tout.

Mais il se peut que ce ne soit qu’une incapacité de respecter l’autre, une sorte de faillite des rapports humains, à une échelle locale.

Je ne m’accommode pas du manque de savoir vivre de mes concitoyens. Chaque jour, je constate le déficit de courtoisie autour de moi. J’entends rarement de la bouche d’inconnus « Désolé… » « Excusez-moi ». Non, le coude mou, la sacoche qui balance, le sac qui accroche, ne sont jamais suivis ou précédés de mots qui s’adressent à l’être humain. Tous ont ce regard vide. Leur isolement me semble malsain. Leur incapacité de voir les autres autour me fait craindre pour l’avenir. Le silence est la pire violence; demandez aux sans abris qui quêtent sur la rue.

Et quand les citoyens s’abordent dans la ville, ils se confrontent rageusement pour des conneries, déversant leur fiel, assis derrière leur volant, ou se disputant jalousement un accès à quelque chose de banal, une vulgaire place dans la file, le droit de prendre son temps au guichet automatique, à moins que ce soit pour défendre ses droits… de consommateurs.

Si c’est comme ça qu’on agit en temps de paix et d’abondance, comment vivrons-nous en temps de guerre et de pénuries?

Parce que la fête va bientôt se terminer. On le sait tous. On fait semblant. On regarde ailleurs. On change de sujet. On nie, ou on ignore, que notre beau train de vie, ce mensonge qu’on appelle la démocratie dans le monde capitaliste occidental est en train de disparaître. N’attendez pas de choc terrible, ce sera un lent accommodement, une extinction progressive de nos libertés.

Nous ne sommes plus des citoyens, ce statut est bancal pour ceux qui n’exercent leur citoyenneté qu’aux quatre ans. Nous sommes des consommateurs, nous sommes des esclaves dans une cage dorée, hypnotisés par la publicité, engourdies par la pollution mentale et conditionnés par la guerre psychologique dont nous sommes la cible première.

Et c’est là que la question des accommodements raisonnables est une infamie. Pendant qu’on se cherche des poux, qu’on se pointe du doigt, qu’on se fait des câlins culturels avec notre ouverture d’esprit surdimensionnée, on oublie de regarder le portrait global de notre société. Chaque jour, on se fait gruger un peu de droits, un peu de libertés, un peu de dignité. Lentement, insidieusement, les gouvernements et les corporations, ces putes et ces loups qui forniquent en veston cravate, nous suggèrent des accommodements : moins de service, plus de taxes, moins de responsabilités politiques et corporatives, plus de profits pour les riches, moins de possibilités de contester, plus de restrictions, moins de bien-être pour les vieux et les pauvres, plus de travail pour les autres.

Rappelez-vous le Sommet de Montebello. Pendant que les politiciens et les corporations Nord Américains nous trahissaient impunément derrière des portes closes, nos propres services policiers se travestissaient en agitateurs violent afin de discréditer les citoyens qui demandaient des comptes.

Mais on accommode en silence alors que l’odieux devrait nous pousser à la révolte.

Très peu de personnes sont conscients des accommodements récents que le Canada a fait aux Etats-Unis : après le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta, que le Canada n’a pas le droit d’arrêter d’exporter selon l’Accord du Libre Échange Nord Américain, après l’abandon du Protocole de Kyoto, c’est la peine de mort qu’on accommode.

En ce moment, Ronald Allen Smith, un Canadien détenu au Montana pour meurtre, est condamné à mort. Stockwell Day, ministre de la sécurité publique, a déclaré récemment que le Canada ne cherchera plus à obtenir la clémence pour les citoyens canadiens qui sont condamnés à mort aux États-Unis et ailleurs. Amnistie internationale Canada Francophone a alors déclaré « Par ce changement de politique malencontreux, le Canada se retrouve seul, parmi les pays qui ont aboli la peine capitale, à ne pas solliciter la clémence pour ses citoyens qui encourent ce châtiment cruel et dégradant aux Etats-Unis. Le Canada s’est engagé par traité en faveur de l’abolition complète de la peine de mort, et a l’obligation sans équivoque de protéger ses citoyens contre la peine de mort et ce, par tous les moyens appropriés. En remettant en question l’engagement du Canada à protéger leurs droits humains fondamentaux, la décision du gouvernement compromet la sécurité de tous les Canadiens qui se trouvent à l’étranger. » Fin de la citation.

Après le pillage de nos ressources naturelles au détriment de notre environnement, la taxation illégale des biens canadiens exportés, la constante pollution de notre univers culturel, le rétrécissement de notre souveraineté par la portée extraterritoriale du Patriot Act, la contestation de nos droits acquis dans l’Arctique; après l’emprisonnement sans représentation légale et la torture de Maher Arar, les insultes des commentateurs politiques comme Ann Coulter et Bill O’reilly, l’assassinat par « friendly fire » de nos soldats en Afghanistan, voilà que les États-Unis bénéficient d’un autre accommodement de la part du Canada : la permission de tuer nos citoyens.

Pas une fois depuis le début du cirque des accommodements raisonnables au Québec n’a-t-on entendu parler des Américains qui viennent s’établir ici. Bien que nous ayons beaucoup en commun avec ceux qui fuient cette culture impérialiste, fasciste et puritaine, et bien qu’il serait judicieux de les accueillir comme réfugiés politiques, messieurs les commissaires, j’aimerais dire à ces Américains de rester chez eux, Leur pays a besoin d’eux pour se débarrasser des criminels qui ont usurpés leur place à la Maison Blanche et qui menacent maintenant notre avenir à tous en préparant une guerre avec l’Iran.

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