Texte lu aux Auteurs du Dimanche – 25 novembre 2007 au Verre Bouteille
November 28, 2007Bien qu’étant un humble membre de cette communauté, je m’accommode mal de la mesquinerie intellectuelle des artistes montréalais. J’entends souvent des commentaires négatifs sur les Autres, les autres artistes, mais bien peu de réels commentaires intéressés et analytiques. Quand ce ne sont pas des vacheries sur l’absence de valeur de l’oeuvre, ce sont des doutes sur la pertinence de l’aide financière qu’ils ont reçu, évidemment on écorche vifs ceux qui ont du succès – c’est une spécialité québécoise. Parfois c’est une condamnation comme un crachat : « c’est de la merde ». C’est sans appel, la plupart du temps gratuit, mais jamais en pleine face. Une mesquinerie couplée d’une lâcheté peu commune. À moins d’être payé pour s’affubler du titre de CRITIQUE, il est de bon ton de se taire. Sauf entre amis, complices de poignards dans le dos, meublant de cynisme les espaces grégaires pour combler le vide des idées, chiant sur l’Autre en guise de déclaration intellectuelle. Un symptôme qui me donne l’impression que le Québec est un petit panier de pains malgré tout.
Mais il se peut que ce ne soit qu’une incapacité de respecter l’autre, une sorte de faillite des rapports humains, à une échelle locale.
Je ne m’accommode pas non plus du manque de savoir vivre de mes concitoyens. Chaque jour, je constate le déficit de courtoisie autour de moi. J’entends rarement de la bouche d’inconnus « Désolé… » « Excusez-moi ». Non, le coude mou, la sacoche qui balance, le sac qui accroche, ne sont jamais suivis ou précédés de mots qui s’adressent à l’être humain. Tous ont ce regard vide. Leur isolement me semble malsain. Leur incapacité de voir les autres autour me fait craindre pour l’avenir. Le silence est la pire violence; demandez aux sans abris qui quêtent sur la rue.
Et quand les citoyens s’abordent dans la ville, ils se confrontent rageusement pour des conneries, déversant leur fiel, assis derrière leur volant, ou se disputant jalousement un accès à quelque chose de banal, une vulgaire place dans la file, le droit de prendre son temps au guichet automatique, à moins que ce soit pour défendre ses droits… de consommateurs.
Si c’est comme ça qu’on agit en temps de paix et d’abondance, comment vivrons-nous en temps de guerre et de pénuries?
Parce que la fête va bientôt se terminer. On le sait tous. On fait semblant. On regarde ailleurs. On change de sujet. On nie, ou on ignore, que notre beau train de vie, ce mensonge qu’on appelle la démocratie dans le monde capitaliste occidental est en train de disparaître. N’attendez pas de choc terrible, ce sera un lent accommodement, une extinction progressive de nos libertés.
Nous ne sommes plus des citoyens, ce statut est bancal pour ceux qui n’exercent leur citoyenneté qu’aux quatre ans. Nous sommes des consommateurs, nous sommes des esclaves dans une cage dorée, hypnotisés par la publicité, engourdies par la pollution mentale et conditionnés par la guerre psychologique dont nous sommes la cible première.
Et c’est là que la question des accommodements raisonnables est une infamie. Pendant qu’on se cherche des poux, qu’on se pointe du doigt, qu’on se fait des câlins culturels avec notre ouverture d’esprit surdimensionnée, on oublie de regarder le portrait global de notre société. Chaque jour, on se fait gruger un peu de droits, un peu de libertés, un peu de dignité. Lentement, insidieusement, les gouvernements et les corporations, ces putes et ces loups qui forniquent en veston cravate, nous suggèrent des accommodements : moins de service, plus de taxes, moins de responsabilités politiques et corporatives, plus de profits pour les riches, moins de possibilités de contester, plus de restrictions, moins de bien-être pour les vieux et les pauvres, plus de travail pour les autres.
Rappelez-vous le Sommet de Montebello. Pendant que les politiciens et les corporations Nord Américains nous trahissaient impunément derrière des portes closes, nos propres services policiers se travestissaient en agitateurs violent afin de discréditer les citoyens qui demandaient des comptes.
Mais on accommode en silence alors que l’odieux devrait nous pousser à la révolte.
Très peu de personnes sont conscients des accommodements récents que le Canada a fait aux Etats-Unis : après le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta, que le Canada n’a pas le droit d’arrêter d’exporter selon l’Accord du Libre Échange Nord Américain, après l’abandon du Protocole de Kyoto, c’est la peine de mort qu’on accommode.
En ce moment, Ronald Allen Smith, un Canadien détenu au Montana pour meurtre, est condamné à mort. Stockwell Day, ministre de la sécurité publique, a déclaré récemment que le Canada ne cherchera plus à obtenir la clémence pour les citoyens canadiens qui sont condamnés à mort aux États-Unis et ailleurs. Amnistie internationale Canada Francophone a alors déclaré « Par ce changement de politique malencontreux, le Canada se retrouve seul, parmi les pays qui ont aboli la peine capitale, à ne pas solliciter la clémence pour ses citoyens qui encourent ce châtiment cruel et dégradant aux Etats-Unis. Le Canada s’est engagé par traité en faveur de l’abolition complète de la peine de mort, et a l’obligation sans équivoque de protéger ses citoyens contre la peine de mort et ce, par tous les moyens appropriés. En remettant en question l’engagement du Canada à protéger leurs droits humains fondamentaux, la décision du gouvernement compromet la sécurité de tous les Canadiens qui se trouvent à l’étranger. » Fin de la citation.
Après le pillage de nos ressources naturelles au détriment de notre environnement, la taxation illégale des biens canadiens exportés, la constante pollution de notre univers culturel, le rétrécissement de notre souveraineté par la portée extraterritoriale du Patriot Act, la contestation de nos droits acquis dans l’Arctique; après l’emprisonnement sans représentation légale et la torture de Maher Arar, les insultes des commentateurs politiques comme Ann Coulter et Bill O’reilly, l’assassinat par « friendly fire » de nos soldats en Afghanistan, voilà que les États-Unis bénéficient d’un autre accommodement de la part du Canada : la permission de tuer nos citoyens.
Pas une fois depuis le début du cirque des accommodements raisonnables au Québec n’a-t-on entendu parler des Américains qui viennent s’établir ici. Bien que nous ayons beaucoup en commun avec ceux qui fuient cette culture impérialiste, fasciste et puritaine, et bien qu’il serait judicieux de les accueillir comme réfugiés politiques, messieurs les commissaires, j’aimerais dire à ces Américains de rester chez eux, Leur pays a besoin d’eux pour se débarrasser des criminels qui ont usurpés leur place à la Maison Blanche et qui menacent maintenant notre avenir à tous en préparant une guerre avec l’Iran.






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