Nouveau blogue sur Voir.ca

Depuis le 12 janvier 2012, toutes mes entrées blogues seront faites sur le site du Voir.ca : http://voir.ca/denis-mccready/

Après une brève convalescence, mon plus récent blogue : Le Québec des perdants – Du hockey et de la politique

Le premier blogue publié sur Voir.ca : http://voir.ca/denis-mccready/2012/01/11/en-guise-d%E2%80%99introduction/

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Yeux – À l’occasion de l’événement « 10 ans de Guantánamo, 10 heures de prise de parole pour la liberté » organisé par Amnistie Internationale à Montréal le jeudi 12 janvier 2012

À l’occasion de l’événement « 10 ans de Guantánamo, 10 heures de prise de parole pour la liberté » organisé par Amnistie Internationale à Montréal le jeudi 12 janvier 2012, (voir le site http://bit.ly/xsxYBo + En direct à partir de 10h sur : http://www.goodnesstv.org/live2/ ) je vous propose le texte YEUX que j’ai écrit il y a 6 ans sur le sujet. ) je vous propose le texte YEUX que j’ai écrit il y a 6 ans sur le sujet.

Aussi, si vous ne l’avez pas déjà vu, je recommande le très puissant film de Patricio Henriquez et Luc Côté sur la détention de Omar Khadr, « Vous n’aimez pas la vérité – 4 jours à Guantanamo ». (voir le lien : http://bit.ly/yrvxL4 )

Tout ça demeure tristement d’actualité et il faut continuer de le dénoncer haut et fort.

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Yeux
TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
8 JANVIER 2006 AU DIABLE VERT


Contrainte: doit se passer sur une île déserte

C’est toujours le cri d’un oiseau ou le bruit des bottes qui me tirent du sommeil. La mer,
même si elle est proche, même parfois en furie, ne me réveille jamais. Elle me berce
plutôt dans le sommeil et c’est là mon seul réconfort, avec le ciel.

Ce matin, sauf la mer, c’est le silence plat. À mesure que j’émerge du sommeil, il y a
quelque chose d’anormal dans tant de silence. Je n’entends pas mes voisins, Amir et
Rahimoula. Peut-être sont-ils en interrogatoire. Pourtant, j’aurais entendu le bruit des
soldats aller et venir; leur cellule est de part et d’autre de la mienne. Impossible de ne
pas entendre ce bruit si familier de la chaîne qui traîne par terre, se balançant entre les
chevilles.

Puis le silence s’étend encore plus loin. Je n’entends pas le grésillement du mégaphone
de la base, un bruit de fond constant qui sort de vieux cornets de métal entre les appels
aux soldats. Parfois j’arrive à comprendre un ou deux mots, avec mon anglais sommaire
appris en regardant leurs vieux films.

Ce matin, même le bruit de fond du mégaphone est absent.

J’ai été forcé de dormir avec ma cagoule cette nuit. Une autre de ces punitions
arbitraires; probablement parce que je n’ai pas parlé durant l’interrogatoire d’hier. Je
déteste me réveiller et ne voir que du bleu. J’ai beau chercher des formes à travers le
tissus, impossible de distinguer quoi que ce soit. Je devine que le soleil est levé,
j’imagine le ciel d’un bleu immaculé. En me tournant sur le côté droit, la douleur dans
mon épaule est vive. J’ai dormi avec les mains derrières le dos. En arrivant il y a trois
ans, ça m’a pris quelque temps pour me trouver une position confortable pour fermer
l’oeil avec des menottes. En faisant un trou pour l’épaule dans le mince matelas, il y a
moyen de s’assoupir quelques heures sans couper la circulation sanguine. Sinon on se
retrouve avec le bras complètement engourdi et il faut se tortiller pendant une bonne
demi-heure avant d’arrêter les picotements. Malgré ma bonne position, j’ai constamment
mal à l’intérieur de l’épaule; probablement une tendinite chronique. Ce n’est rien à
comparer aux diarrhées qui affligeaient Massoud; elles ont fini par le tuer. Au moins, lui,
il dort en paix.

Mon nom est Rahmat, je suis infirmier, je suis Pashtoun. Mais pour eux, je suis un
présumé terroriste, un combattant illégal, un simple Afghan. Je suis ici depuis trois ans.
Ici, je ne sais pas c’est où ici. Il fait chaud, nous sommes près d’une plage et je ne suis
pas le seul à avoir été emmené d’Afghanistan. Il y a aussi des prisonniers qui parlent
arabes, mais je n’arrive pas à bien les comprendre.

Ça fait trois ans que je raconte la même histoire: je suis infirmier et je travaillais pour le
Croissant Rouge iranien. Je soignais des blessés lorsque notre camp a été attaqué par
les Américains malgré nos drapeaux. Ils avaient eu une information comme quoi il y
avait des Talibans dans l’hôpital. Les imbéciles oublient que comme la Croix-Rouge,
nous avons l’obligation de soigner tous les blessés de manière impartiale: Taliban,
Afghan de toutes allégeances, Canadiens, Américains, tous. C’est mon devoir. J’ai
essayé un nombre incalculable de fois de leur expliquer: je parle Dari, une variante
dialectale du Farsi, la langue parlée en Iran, je pouvais donc travailler avec le Croissant
Rouge et appeler Téhéran, sans avoir besoin de traducteur. J’ai étudié avec des
Iraniens à Kaboul dans ma jeunesse, c’est pour ça que j’ai eu cet emploi. C’est comme
ça que j’ai nourri ma famille malgré la guerre. J’ai un garçon qui doit avoir 8 ans
maintenant. Ma femme, Charbat, doit être morte de chagrin, ou elle s’est remariée
depuis. Je n’arrive pas à accepter de l’avoir perdu. Peut-être sait-elle que je suis ici,
peut-être a-t-elle essayé de me faire sortir puis a abandonné? Parfois quand ils me
questionnent ou qu’ils me font mal, j’ai envie de me laisser aller au désespoir et raconter
n’importe quoi comme cet autre a fait: il leur a sorti un filet d’inventions, en parlant
d’assaut sur des véhicules, de groupes armés anti-américains, d’attentats. Il a été
soldat, il sait ce que c’est de se battre. Il est probablement convaincant. Je ne sais
même pas utiliser un fusil, mais je sais faire une injection intraveineuse par contre, je
sais comment panser une blessure pour minimiser le risque d’infection. Je vais leur
raconter quoi? Que j’avais l’intention de tuer des Américains avec de la pénicilline? De la
pénicilline, on n’arrivait pas à en avoir avant le Croissant Rouge, parce les Talibans
interdisaient qu’on soigne à l’occidentale. Bande de crétins! Avec les enfants qui
mourraient à gauche et à droite, je n’en aurais jamais gaspillé pour des stupidités
pareilles. Je remercie le ciel que mon fils n’ait jamais été malade. Ma femme Charbat
était en santé, moi aussi.

Ça faisait un an que je travaillais au camp du Croissant Rouge quand ils m’ont enlevé.
Je ne me suis pas inquiété le premier jour; une fois qu’ils auraient compris qui j’étais, ils
me relâcheraient. Mais mon nom ressemblait à celui d’un quelconque terroriste, tiré
d’une liste de noms qu’ils avaient montée en questionnant des paysans.  Les pauvres ne
s’étaient pas fait priés pour donner des noms typiques, en échange d’un peu de
nourriture.

Après deux semaines, ils nous ont drogué, mis des couches comme des enfants et nous
ont embarqué dans un avion, pieds et poings enchaînés. J’ai perdu connaissance avant
le décollage, mais je sortais parfois de mon sommeil quelques secondes pour nous voir
tous couchés en rangées, un troupeau de prisonniers, une scène comme j’avais vu il y a
longtemps dans un film sur les esclaves africains aux États-Unis. Je retombai dans le
sommeil rapidement, malgré mes efforts pour rester éveillé.

Tout de suite après notre arrivée sur l’île, ils ont commencé les interrogatoires. Ils m’ont
posé des questions, menacé avec un chien, dit que je n’avais aucun droit, attaché dans
des positions qui donnent mal aux articulations, fait écouter de la musique très forte
pendant des heures, m’ont enfermé dans un réfrigérateur toute une nuit, m’ont empêché
de dormir pendant 5 jours jusqu’à ce que je commence à avoir des hallucinations, m’ont
forcé à me nourrir quand j’ai fait une grève de la faim en m’enfonçant un tube dans
l’estomac par le nez, me gavant avec tellement de brutalité que j’ai craché du sang
pendant deux jours, mais le pire, le pire de tout, c’est la planche.

J’en avais entendu parler de ceux qui l’avaient vécu et ça me donnait froid dans le dos.
Puis mon tour est venu. Ils m’ont attaché le corps sur une planche, les jambes et les
bras contraints, ils m’ont enveloppé le visage dans du plastique transparent et ont incliné
la planche pour que j’aie les pieds plus haut que la tête. C’est dans cette position qu’ils
ont commencer à me verser beaucoup d’eau sur le visage. Je me suis étouffé
instantanément, j’étais certains qu’ils essayaient de me noyer. De l’eau infiltrait jusqu’à
ma bouche, je cherchais de l’air, la tête me tournait, je me suis entendu gémir « please »
mais le plastique étouffait le son, après un temps interminable dans cet enfer, mon corps
s’est mis a être secoué de spasmes, j’ai commencé à uriner et déféquer: j’étais en train
de mourir. Mais ils ont arrêté juste à temps, arrachant le plastique et relevant ma tête.
C’est un homme à lunette qui déterminait les limites, il utilisait des termes médicaux,
prenait mon pouls, observait ma pupille avec sa lampe de poche, puis donnait son
accord à une autre planche où il renvoyait le prisonnier à sa cellule.

Je pensais que j’allais devenir fou quand ils ont recommencé le lendemain,
probablement parce que je ne leur avait rien raconté de compromettant. Impossible de
rationaliser, impossible de rester stoïque: à chaque fois je criais, à chaque fois je
répétais les mêmes histoires d’infirmier, de camp du Croissant Rouge, de soins
impartiaux à tous, ils ne comprenaient pas. Ça a duré une semaine. Puis ils ont arrêté
sans explications. Ce matin-là, comme tous les matins, je me suis réveillé en tremblant.
J’étais incapable d’arrêter de trembler. C’est là que je me suis mis à penser au visage de
ma femme. Pendant la guerre, quand je rentrais de l’hôpital, bouleversé d’avoir vu
autant de personnes mourir en une journée, il n’y avait que son regard pour me calmer.
Alors je me suis mis à penser a ses yeux verts, beaux comme des émeraudes qu’on
aurait arraché à une montagne magique. En reprenant mon souffle, je ne suis souvenu
comment elle plongeait ses yeux dans les miens, alors que la nuit n’était éclairée que
par la lune. Elle tournait son visage pour que je la voit dans le rayon qui filtrait entre nos
fenêtres. Elle chuchotait alors, pour ne pas réveiller notre fils qui dormait, et me récitait
son poème préféré. C’est un vieux poème d’amour pashtoun racontant le périple d’une
jeune femme qui traverse les montagnes pour retrouver son mari, égaré au retour d’un
voyage. Pour la première fois de mon emprisonnement, je me mis à pleurer et le visage
baigné de larmes, j’ai attendu mes geôliers. Je rejouais cette scène dans ma tête,
revoyant ses yeux, murmurant le poème comme une prière. Ils ne sont pas venu ce
matin-là, ni le lendemain. Puis les interrogatoires se sont espacés à mesure que
beaucoup de nouveaux prisonniers arrivaient.

Bientôt, je passais mes journées à lire le Coran, que je n’avais jamais vraiment étudié, et
à regarder le ciel. Il y a un an environ, au retour d’une séance de planche
particulièrement pénible, j’étais hystérique, je gémissais de manière incontrôlée. Je ne
sais pas combien de temps je suis resté couché dans ma cellule, prostré, à entendre ma
propre voix résonner dans ma gorge. À un moment donné, cette voix à commencé à me
déranger, comme si elle était celle d’une autre personne. Ce bruit m’irritait de plus en
plus. En constatant que les cris étaient étrangement synchronisés avec les contractions
de ma gorge, je compris que c’était ma propre voix qui me dérangeait, mais je n’arrivais
toujours pas à arrêter de gémir. Je me suis rappelé cette prière aux yeux de ma femme
qui m’avait tant calmé auparavant. Je cherchais ses yeux dans ma mémoire, mais je ne
rencontrais que le vide. J’avais beau me forcer, je ne voyais qu’une forme féminine,
habillée d’une robe traditionnelle, et au milieu du visage, un trou flou, couleurs de peau.
Je me suis concentré longuement, avec l’écho de mes gémissements incontrôlés dans
la tête, mais je n’y arrivais pas. C’est là que le silence me gagnât enfin. Ma bouche
coupa net en plein cri. En plus de m’avoir volé ma dignité, il m’avait enlevé jusqu’au
souvenir de ma femme.

Je n’ai plus jamais pleuré dans ma cellule, ou crié sous la torture. Au début ils sont
restés surpris, par mon silence, par l’absence de réaction quand ils redoublaient
d’ardeur à me faire souffrir, puis ils se sont désintéressés de moi. Maintenant, ils ne font
que me poser des questions, toujours les mêmes, juste pour dire aux généraux qu’ils
continuent leur travail.

Ma cagoule m’empêche de voir le ciel ce matin. C’est maintenant mon seul plaisir de
regarder le ciel, le vol des rares oiseaux, les tonalités de bleus qui évoluent au cours de
la journée, le rose qui s’installe lentement lorsque le soleil décline.

J’aimerais vivre sur une île déserte et passer mes journées à regarder la nature, mais
mon île est habitée par des prisonniers brisées et des soldats qui portent bien leur nom,
puisqu’en Farsi, soldat veut dire « celui qui perd la tête ». Je suis un naufragé sur une île
peuplée d’animaux terrifiés et de monstres sanguinaires, une île désertée par
l’humanité.

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© Denis McCready 2006

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Réponse à la « Lettre aux indignés» de Nathalie Elgrably-Lévy

Texte de Nathalie Elgrably-LévyLettre aux indignés

Le Journal de Montréal, p. 23

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

En caractères gras mes commentaires (Denis McCready, rédacteur en chef du journal 99). 

Chaque jour, nous en apprenons davantage sur le mouvement « Occupons Wall Street » auquel vous participez. Nous savons qu’il s’agit d’un mouvement bien organisé et généreusement financé par divers groupes à vocation « sociale ».

 

Lesquels? Sans noms, ce n’est qu’une insinuation sans fondement.

 

Nous voyons également que parmi votre groupe, plusieurs organisateurs tiennent un discours d’inspiration socialiste ou communiste.

 

Tous ont droit de parole, mais c’est l’assemblée générale (AG) qui représente le mouvement. Ils ne parlent qu’en leur noms. Moi aussi.

 

En revanche, il est clair qu’une bonne partie d’entre vous sont simplement, et à juste titre, des citoyens excédés par le népotisme, le clientélisme et le copinage éhonté entre le pouvoir et le monde des affaires. Vous êtes jeunes et inquiets pour votre avenir.

Il y a des gens de tous âges qui les soutiennent.

Vous voulez une vie meilleure. On vous dit que le capitalisme est la cause de vos problèmes et que seule une révolution à saveur collectiviste améliorera votre sort.

 

C’est un certain type de capitalisme qui est le problème.

 

Comme le système d’éducation contemporain ne vous a enseigné ni l’histoire ni les fondements du communisme, vous devenez la cible des vendeurs de rêves qui vous présentent une vision romantique et idéalisée, mais carrément mensongère de cette philosophie. Toutefois, quand on aspire à changer le monde, l’ignorance est inacceptable! Voici donc quelques vérités que les apôtres du communisme ne vous révéleront jamais.

 

C’est mal connaître le fonctionnement du mouvement. Tous sont invités à présenter leur points de vue, même les apôtres de la privatisation tous azimut comme vous, mais c’est à l’AG de prendre des positions qui représentent le groupe. Le groupe contient beaucoup de gens très éduqués (même certains probablement plus que vous).

 

Le communisme repose sur la négation de la propriété privée et sur la centralisation aux mains de l’État des moyens de production, du crédit, des moyens de transport, des infrastructures, des logements, etc. Cette formule peut sembler séduisante. Mais le rêve a toujours rapidement tourné au cauchemar, car un tel système n’a jamais pu exister sans coercition et violence souvent extrême.

 

Considérant l’érosion de la Constitution américaine depuis la dernière décennie, la pollution du processus démocratique par les corporations et les guerres d’invasions que les USA ont commises pour des raisons fictives, on peut qualifier la situation actuelle de « cauchemar», et les citoyens libres qui ont été brimés dans leurs libertés fondamentales utiliseraient certainement les mots «  coercition » et « violence ». Pourtant ce système américain est « capitaliste », non? Votre épouvantail à moineaux ne fonctionne plus.

 

À cet égard, l’aventure communiste correspond à l’une des périodes les plus sanglantes et les plus meurtrières de l’histoire. Pour asseoir leur pouvoir, tous les régimes communistes ont eu recours à la terreur et au totalitarisme, à l’omniprésence d’une police politique, à l’espionnage des citoyens, à la répression, à la torture, à la déportation systématique des récalcitrants et à l’extermination de masse au non de l’idéologie.

 

L’ex-URSS a inventé les camps du Goulag, des camps de travaux forcés où ont été envoyés de 10 à 18 millions de dissidents réels ou présumés. En Chine, le régime maoïste, qui voulait rééduquer l’ensemble de la population, a tué entre 45 et 72 millions de personnes. Au Cambodge, de 17 à 30 % de la population sont morts dans les camps de rééducation des Khmers rouges. Au total, le communisme a tué 100 millions de personnes, essentiellement des innocents dont le seul crime était de désapprouver le régime. À ce sombre bilan, il faut ajouter les famines causées par l’agriculture planifiée et les pénuries permanentes de denrées essentielles.

 

Rappelons que ce sont les Nazis, des « corporatistes » au sens où Mussolini l’entendait, qu’ils ont mis l’Europe à feu et à sang et que les méchants « communistes » soviétiques ont été primordial pour mettre fin à la 2e Guerre Mondiale.

 

Ce sont ces même Nazis « corporatistes » qui ont inventé les camps de la mort.

 

Indignés de Wall Street, vous êtes en droit de protester et de réclamer des changements. Mais de grâce, renseignez-vous sur la folie meurtrière et les ravages du communisme. Les ouvrages sur le sujet sont abondants et constituent votre meilleure protection contre le charlatanisme idéologique. Autrement, vous risquez d’être entraînés malgré vous sur la pente glissante du totalitarisme, et un jour il sera trop tard pour reculer.

 

Merci de la mise en garde. Étant déjà très bien renseignés sur les méfaits d’un certain capitalisme, et par soucis de respecter le fonctionnement par démocratie directe, je soupçonne que les Occupants prendront des décisions souveraines et éclairées après avoir écouté tout le monde. Notez que ce n’est pas parce qu’on accepte d’écouter les ******istes de tous acabits, que nous pensons comme eux, mais nous respectons la liberté de parole de tous.

 

 

 

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EXCÈS

Texte lu au Cabaret des Caprices (Café Caprice) dimanche 25 septembre 2011

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 J’ai fait court, surtout parce que ce serait mal venu de faire un très long texte sur le thème EXCÈS.

Belle évidence, mais c’est très rare qu’un excès soit bon à long terme. Excès de table, d’alcool, de drogue. On sait où ça mène. C’est agréable de pousser un peu le corps parfois, mais tous les jours ça porte à conséquence. Les villes sont remplies, et même jonchées, de preuves.

Il faut aussi se méfier des excès insoupçonnés : l’excès d’optimisme, l’excès de naïveté, l’excès de patience. Des catastrophes ont eu lieu, des amitiés et des amours ont été perdus, il y aussi eu des morts suivant ce type d’excès. J’ajoute à cette liste le perfectionnisme, le contrôle, l’angoisse.

Je m’inquiète parfois quand j’entends le mot « excès » associé à quelque chose qui d’entrée de jeu m’apparaît bonne.

Excès de bonheur, excès de plaisir, excès d’amour.

Parce que l’excès de bonheur c’est peut-être une peur d’en avoir tout simplement. Ou l’amplitude typique de la bi-polarité en action. Ou le sentiment très judéo-chrétien que ce n’est pas bien d’avoir trop de bonheur, parce que ça pourrait attirer une dose de malheur pour « rebalancer » l’univers. C’est faux.

Un excès de plaisir, ça peut rendre gaga, surtout si c’est au bout d’une souris d’ordinateur ou si c’est un truc à piles avec des protubérances, ou si vous êtes rendus à faire des bassesses, prendre des substances psychotropes ou vous endetter pour continuer dans votre excès de plaisir.

Mais le pire c’est l’excès d’amour. Parce que c’est habituellement l’argument de la possessivité, de l’obsession, du fou qui harcèle une inconnue, et qu’on n’entend jamais personne utiliser cette expression pour désigner un sentiment légitime.

Il y a les excès qui sonnent creux. Excès de jeunesse, de popularité, de beauté,

C’est quoi un symptômes d’excès de jeunesse ? C’est la pratique acharnée de petites momifications personnelles par la chirurgie.

Comment détecte-t-on un excès de popularité ? Quand, à force de voir des mensonges rapportés sur vous dans tous les médias, vous devenez confus au point de parler de vous même à la 3e personne.

Un excès de beauté. C’est d’une tristesse. Un des pires révélateur de l’excès de beauté c’est l’augmentation mammaire. Un peu, ça va, c’est personnel, mais trop c’est tellement évident, et pourtant certaines pensent qu’elles n’en ont jamais assez. On passe de l’augmentation à l’inflation mammaire. Ça fait toujours mal aux autres autour, mal aux yeux, mal au coeur, la tristesse d’une femme qui pousse trop loin la recherche de gros seins, la boucherie d’un mafieux qui lui a payé pour faire du cash avec.

La seule vraie mesure d’un sein, comme du corps, c’est l’effet que ça fait à une femme quand vous la touchez.

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MENSONGE

Texte lu au Cabaret des Caprices (Café Caprice) le 18 septembre 2011

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Un homme sage a un jour dit : « La somme des mensonges est plus que la vérité. »

Mais comme cet homme c’est moi, et que je suis loin d’être sage, je dois immédiatement vous présenter mes excuses pour avoir commencé en mentant, mais c’était pour montrer un exemple de mensonge facile. Tout est dans le choix des mots. Si j’avais omis le mot «sage» ma phrase aurait été exacte. Un petit mot et on tombe dans le mensonge.

Merci au Cabaret des Caprices d’avoir choisi ce thème, parce que ça tombe bien : je déteste les mensonges. Je déteste me faire mentir et je déteste mentir. C’est une plaie sociale et individuelle, le mensonge. C’est un aveu d’impuissance, une abdication, une forme vile de malhonnêteté intellectuelle, une manifestation silencieuse d’absence de courage et le manque flagrant d’humilité de le reconnaitre.

J’ai dressé une courte liste de mensonges auxquels j’ai déjà cru, mais maintenant je n’y crois plus.

Le mensonge que tout le monde est honnête.
À 4 ans, j’ai découvert que ce n’était pas le cas lorsqu’un garçon de 8 ans qui passait dans la ruelle m’a offert d’échanger mon beau camion MatchBox contre le sien qui était supposément super beau. Je lui ai donné le mien et j’ai attendu qu’il revienne pour me donner le sien. J’ai attendu. Il ne venait pas. J’ai attendu encore. Toujours rien. Après le souper je suis ressorti dehors en me disant qu’il viendrait bien, puis après un certain temps j’ai eu un grand sentiment d’impuissance en me rendant compte qu’il ne viendrait pas, puis la colère, puis la résignation, puis l’acceptation. Un mini-deuil de la condition humaine à 4 ans. Ce jour là, j’ai appris qu’il y avait des gens malhonnêtes partout et depuis je suis pris avec une grande soif de justice. Merci petit voleur de la ruelle Généreux, tu m’as appris une belle leçon de vie. Les autres crosseurs que j’ai rencontré dans ma vie par contre t’en veulent un peu.

Donc évidemment, le Père Noël n’existe pas, ça c’est tellement clair compte tenu de la grossièreté de la farce, mais le problème est que les adultes encore aujourd’hui s’entêtent à polluer l’esprit de leurs enfants en perpétuant le mensonge pour faire plaisir à l’église catholique et aux marchands. Ce n’est pas parce qu’une génération a subit le ridicule de croire qu’un gros cave habillé en rouge fait le tour du monde en te faisant payer pour tes conneries de l’année, qu’il faut perpétuer ça de génération en génération. J’aimerais qu’on travaille à l’élimination graduelle des gros caves dans la société. On n’a pas besoin d’eux, ils n’apportent rien à la société et ils nous font chier avec leur costumes et leur mensonges.

Quand c’était pas le Père Noël, la version carotte de l’autorité parentale maladroite, c’était le Bonhomme Sept Heures. Si on ne se couchait pas, ma mère nous rappelait à mes soeurs et à moi que le Bonhomme Sept Heures viendrait nous voir. On ne savait pas pourquoi il fallait en avoir peur, c’était toujours laissé à l’imagination : « Si tu te couches pas, j’vais appeler le Bonhomme Sept Heures pis tu vas en manger toute une! » Ayant l’imagination fertile à cet âge, on imaginait le pire et ça suffisait à nous convaincre. Puis un jour on m’a expliqué que le Bonhomme Sept Heures était en fait un emprunt à l’anglais. On faisait peur aux enfants anglophones en leur faisant craindre le « Bone Setter », littéralement le « replaceur d’os », ou comme on l’appelait dans nos campagnes, le ramancheur, l’ancêtre des chiros et des ostéopathes. Quand un ramancheur venait à la maison, c’est que quelqu’un s’était disloqué ou cassé un os, et là, à froid, le ramancheur replaçait l’os et la personne criait à pleins poumons! Très apeurant comme menace pour les enfants! On est donc passé de Bone Setter à Bonhomme Sept Heures, avec une efficacité redoutable, je peux en témoigner. Comme quoi il y avait plus de complicité entre les parents francophones et anglophones qu’on ne l’aurait cru…

Notre espèce est en perpétuelle évolution.
Yeah, right! Bien sûr. Encore de nos jours, les gens se réunissent dans des endroits sombres pour danser sur des rythmes tribaux en buvant des boissons fermentées. Grosse évolution! Une évolution sur la terre ça serait une année complète pas de guerre. Une année complète pas de viol. Une année complète pas de crime. En attendant, ce n’est pas parce qu’on a un autre gizmo électronique super hot designé par un guru malade qu’on est évolué. En ce moment, comme toutes les générations avant nous, on consomme les ressources naturelles de plus en plus rapidement, on se fout de la qualité de vie de la majorité des gens en dehors de notre pays et on se préoccupe de notre bien-être basé sur des raisons bancales.

Un autre beau mensonge auquel même le plus solide intellectuel ne peut me convaincre de croire. La capitalisme doit être libre de toute entrave de l’État.
Un seul mot : 2008. La débâcle de août 2008 aurait pu être évitée si le système bancaire américain n’avait pas été dérèglementé sous Clinton. Ce jour fatidique, le capitalisme libre a prouvé par l’exemple qu’il n’était qu’un tissu de mensonge. À chaque fois que vous entendrez à l’avenir quelqu’un dire qu’il faut que les marchés soient libres et sans réglementation, dites-vous que cette personne ment ou qu’elle répète le mensonge qu’elle a entendu ailleurs, qu’elle y croit vraiment ou non.

Il faut être fier de notre drapeau.
Un drapeau c’est un symbole pour retrouver son unité militaire sur un champ de bataille. C’est un objet militaire. Je n’ai aucune allégeance ou fierté envers un drapeau en temps de paix. Ni le drapeau canadien, surtout pas le drapeau québécois. Gilles Vigneault a dit récemment : un drapeau ça ne sert pas à grand chose sur un voilier, parce que ce sont les voiles qui le font avancer. Rappelez-vous de ça quand on vous demandera de suivre un drapeau en temps de paix.

Une brève liste de mensonges auxquels on aimerait bien nous faire croire.

Tout va bien et ceux qui se plaignent sont des alarmistes.
Quand j’entends les optimistes de service engagés dans les médias pour nous dire que tout va bien, tout ce que je vois c’est une bande de vendus payés pour se mettre des lunettes roses et essayer de nous droguer de stupidités pour calmer nos colères, nos préoccupations, nos envies de révoltes. J’ai envie de prendre le micro moi aussi pis de les planter dans le mur un par un.

Autre mensonge qu’on veut nous faire avaler : il y a plein de méchants terroristes partout et c’est pour ça qu’on a besoin de mesures militaires exceptionnelles, c’est pour ça qu’on a besoin de limiter nos libertés civiles, c’est pour ça qu’on a besoin de nous surveiller, c’est pour ça qu’il faut augmenter le budget militaire pour envoyer des soldats canadiens en Afghanistan.

En France durant les années 80, il y a eu une série d’attentats à la bombe de la filière islamiste. Beaucoup de morts. Est-ce que la France a envahit un pays étranger? Est-ce que la France a bombardé des civils innocents l’autre côté de la planète? Non. Ils ont fait un travail policier, ils ont remonté les filières et ils ont arrêté les criminels. À un moment donné, les terroristes étaient en prison ou ils se sont rendus compte que ça ne marchait plus et ils ont arrêté de cibler le territoire français. À quelque chose près, c’est ça l’histoire : un travail policier. Depuis le 11 septembre nous avons accepté tous les mensonges de nos dirigeants politiques parce qu’on avait peur. On n’a aucune raison d’avoir peur. Aucune. Vous avez plus de chance de gagner à la loterie que d’être victime d’un attentat terroriste. Achetez-vous des billets de loterie tous les jours? Non, alors pourquoi on continuerait chaque jour d’occuper un pays étranger?

Un autre beau mensonge qui sort souvent de la bouche de nos voisins, amis, parents et qui est répété parce qu’on veut nous le faire croire : ça sert à rien de chialer ou d’essayer de changer les choses, de toute façon on ne peut rien faire. L’anglais a un très joli terme pour ça : self-fulfilling prophecy. Une prophétie auto-accomplie.

La personne répète autour d’elle qu’on ne peut rien faire.
Ni elle, ni personne ne font rien.
Tous constatent qu’il ne se passe rien.
Tous concluent que ça ne sert à rien de faire quoi que ce soit puisqu’il ne s’est rien passé.
Une prophétie auto-accomplie. Une abdication mentale.

Je déteste entendre les gens parler comme ça. Ça me choque. C’est un aveu qui me donne envie de leur donner une corde pour qu’ils se pendent avec, au moins on ne les entendrait plus nous casser les oreilles pendant qu’on serait occupés à changer notre monde.

Parce que souvent le pire mensonge, c’est le mensonge qu’on se fait à nous-même. Attention. Attention aussi à ceux qui vous demandent de les croire sans preuves. Moi le premier.

Les mots servent à mentir. Il faut questionner les mots constamment. La passion, la beauté, le style, le succès. Des mots qu’on entend répéter partout autour de nous comme ayant une quelconque importance alors qu’à peu près personne n’est capable de vous dire de quoi il s’agit si vous les confrontez.

Il y a plein de mensonges partout autour de nous. Non je ne serai pas plus populaire auprès des femmes si je me mets un parfum qui pue les produits chimiques. Non je ne serai pas plus heureux si je conduis telle ou telle voiture. Non je n’ai pas besoin de prouver ma virilité en m’achetant une grosse perceuse, un gros banc de scie, un gros camion 4X4, un gros tatouage sur le bras, ou si j’achète la dernière TV immense, ou si j’ai le plus gros téléphone possible. Non je n’ai pas besoin de ressembler à un moron du New Jersey, je n’ai pas besoin d’un six pack pour faire jouir une femme, je n’ai pas besoin d’une criss de grosse maison surchauffée avec deux entrées de garage en guise de devant de maison. Non, non, non.

Non je n’ai pas besoin de me faire dire quoi penser par des anciens politiciens recyclés qui ne sont pas capables d’aller travailler dans l’anonymat, non je n’ai pas besoin de me faire bourrer le crâne par d’autres anciens politiciens qui vendent leurs allégeances aux compagnies de gaz, non il n’était absolument pas urgent qu’un maire et qu’un PDG demande à notre Assemblée nationale de contrevenir à son règlement pour une raison aussi bête qu’un gros bloc de béton avec un logo dessus. Le nombre de mensonges répétés par les journalistes, animateurs, personnalités publiques dans la dernière année au Québec est absolument étourdissant.

Si vous êtes d’accord avec moi, pourquoi qu’on n’écrirait pas systématiquement aux médias quand un animateur dit des niaiseries? C’est pas long un petit courriel, mais à un moment donné ça commencerait à peser dans la balance et les imbéciles commenceraient à se faire dire d’être un peu plus intelligent en ondes. Résultat, le niveau d’intelligence des médias au Québec augmenterait sensiblement.

Il faut dire non à tous ces mensonges, pointer du doigt le menteur et lui demander pourquoi il ment.

Il faut renverser le fardeau de la preuve dans le camp des menteurs et arrêter de leur donner notre muet consentement à chaque fois qu’on entend le mot richesse, Québécois et nation utilisés dans la même phrase.

J’aimerais qu’on se refuse le droit de mentir. Qu’on se dise tous ensemble : à partir de maintenant, on va essayer de tous être plus honnêtes, on va refuser la facilité passagère de mentir. C’est tellement plus facile de dire la vérité. Ça dort mieux la nuit.

Et je préfère mon sommeil tranquille aux cauchemars des autres.

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Mon entrevue avec Jean-Philippe Trottier à Radio Ville-Marie

Voici mon entrevue avec Jean-Philippe Trottier à Radio Ville-Marie (15 septembre 2011) à propos de ma «Lettre ouverte aux autres humains» parue sur Voir.ca et qui a généré plus de 40 000 pages vues, plus de 18 000 recommandations Facebook et des centaines de commentaires.

(si vous ne voyez pas de lecteur en ligne, téléchargez le fichier pour l’écouter en MP3)

(avec permission de RVM)

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Open Letter to Other Humans, by Denis McCready

A French version of this open letter was published on the Voir.ca website on September 8, 2011 under the title “Lettre ouverte aux autres humains” and it generated more than 40,000 page viewed, more than 18 000 Facebook references and hundreds of comments. This English translation was done by Susannah Rubin.

Open Letter to Other Humans, by Denis McCready

I’m not here to make you laugh, or to make you cry. I don’t know you individually, but I love you collectively, for now. I don’t always say hello, but I rise each morning thinking of you, of your children, of their future, thinking of our little plot of this land.

This may come across as another piece of intellectual vagary, but I prefer to see it as a pre-revolutionary essay — an invitation to consider a call to arms. If you are sitting comfortably right now, enjoying your life, I have come to deliver a message.

Who does this guy think he is — waltzing in to broadcast his little vision? Brief introduction.

In 1968, I am born on the asphalt. Not right on the sidewalk, like Edith Piaf, but nearly so. I grow up on the asphalt and cement of the Plateau-Mont-Royal’s sidewalks. For many childhood years, the land stretching from La Fontaine Park to Laurier Park and from De Lorimier to Saint-Denis is my land. My country. By my people. Citizenship granted to those who, like me, left the skin of their knees on the sidewalk, a sort of blood allegiance. We bled on the same sidewalk, we were injured on the same spot, we were brothers. Working class neighbours were fellow citizens; the faces contained in the closed universe of this era sketched a geography of poverty. Our language had yet to be emasculated by the upright apostles of mental rectitude. I watched the world of other neighbourhoods roll by the windows of my father’s station wagon. In my language, the car wasn’t a voiture, it wasn’t an automobile, it was a char. A char: the chariot–just like Romans. A steel monster on great big wheels. Eight cyclinders. All is well in the Middle-East.

Sesame Street, Fan Fan Dédé, Sol et Gobelet, Fanfreluche, Cousteau and The Mutual of Omaha: I feasted on the world in black and white, on television. And along came a strange magazine I couldn’t read because it was written in English: National Geographic. There were a few colour photographs. I must have been about 4 or 5 the first time I saw one. And this is how I met men and women from all over the world. Each one different, each human. An expansive family in a village on the verge of going Global.

I am a city dweller, in the same way others are men of the woods. This fact doesn’t prevent me from thinking that the twentieth century’s modern city has grown to be an absurd place of residence–a cruel place, one that helps control populations, individuals and thought. Each day we are told what to think, what to buy, how to live, and that, most importantly, we must not change the world. One thing becomes clear: we must reinvent the city or destroy it. And for this purpose, I need you.

Cities are captivating, but let us not be captive. I am empathetic to the plight of weekend escapees―it’s a matter of mental health. Containing us like rats in a cage, proximity becomes dangerous. Henri Laborit, in Alain Resnais’ Mon Oncle d’Amérique, discloses the results of his experiments on rats. The French researcher places two rats in a single cage. In moments of stillness, the rats are perfectly “civil” with each other, but as soon as the cage’s floor is jolted by an electric current, either rat attacks the other. When the current stops, the rats stop fighting. They respond to immaterial aggression by instantly attacking the perceived source of hostility: the other. This experiment leaves no after-effects. Henri Laborit then repeats the test with only one rat to a cage. The rat has nothing to attack. It jumps, suffers, is subjected to this act of hostility without recourse to a physical outlet. Laborit discovers that if the rat endures this treatment regularly, the animal will develop a tumour. Laborit then theorises that a body which undergoes some act of aggression and denied a physical outlet, finally attacks itself. That is not to say you should, in a fit of ill-humour, fight the nearest human! Or beat your dog, pigeons–please, I should think not! Time spent carrying on fights against fellow city-dwellers is time stolen from the fight against what really hurts: corporation and state.

For months now, all over the world, multitudes have been rising against and toppling their governments, sometimes overtaking power at a grassroots level, sometimes merely pawns in a game of chess that has already been played, and still at other times in a state of peaceful joy ― sometimes a bloodbath. Citizens of the world wish to free themselves from the repeated failures of their overwhelmingly incompetent rulers. Quebecers have no fewer reasons to be angry.

Collectively, we are well-off, our bellies are relatively full, we are free to hold opinions ― “there is always someone worse off” someone will say ― but somewhere, anger lies dormant. You know it, you feel it. They lie to us, they step on us, they erode our fundamental rights, they divide us only to conquer. Let us not be fooled; let us not silently endure these acts of aggression at our own cost. Collective pain demands collective action.

As it stands now, our road infrastructure has become symbolic of Quebec itself: politicians and corporations sit down and decide to spend tax revenue to their own benefit: political dues for the politician, excessive cash flow for the corporation, be it a construction contractor or a hydroelectric dam, a media empire, a soda company, a peddler of oil, of gas or of minerals. Our bridges crumble and collapse ― and we’re not sure who is at fault. Power is exclusive, profit is private, debt is public and ineptitude is anonymous.

After the invention of the modern city, the invention of the virtual city. And, like the doe-eyed livestock we never cease to become, we have crowded every internet hotspot: email, web, blogs, Facebook, Twitter, Google+ etc. We are willing urbanites, both in our tangible cities and those on the internet, but we are divided. Daily squabbles, by useless and mind-numbing distractions. We can barely hear the voices of those who wish to help and inform over this deafening clamour. We are more interested in a recipe for dinner than a recipe for freedom. Our sense of indignation is unhinged. We kick and scream atop our soapboxes when a father kills his children ― a horrible act ― but even as our Prime Minister announces that our natural resources will be auctioned off to foreign interests for a few crumbs, our noses stay comfortably buried in a smartphone. We don’t grumble at the implications of our government’s decision to set a price on drinkable water treated by our city’s water plants so bottling companies can go on to make multimillion dollar profits. We don’t flinch when Ms. Nathalie Normandeau, our ex-minister of natural resources, lays down and follows Petrolia’s strict orders to keep quiet on the subject an agreement with Hydro-Quebec: the public utility has handed over Île d’Anticosti’s oil ― a collective resource — for an undisclosed amount. I’ll spare you the details of the environmental assessment, but know this: the oil reserve is accessible only by hydraulic fracturation, fracking, which could bring in up to 3 trillion dollars of profit. If Petrolia agreed to a 50-50 split, we could pay off Quebec’s debt and the health care needs of every child born this year until his or her death. But Mr. Charest would rather sell off our natural resources to the lowest bidder. Mining companies have been scraping out our subsoil for years now, leaving us a pile of change (barely 3% of actual dues), and if shale gas extraction were to go ahead as planned, the process would be play out under similar conditions; we might as well say that we’re risking the environmental integrity of the St Lawrence Valley ― our pantry ― for peanuts. I’ll spare you the hydroelectricity lecture, that’s been covered in the film I produced, Seeking the Current, but with the Romaine River project, one could nearly drown in the absurdity of spending eight billion dollars to produce hydroelectricity that will be sold at a loss. Charest’s Plan Nord will cost 80 billion investment dollars, only to yield 28 billion in revenue to the State… Is this guy nuts? We will spend 80 to earn 28. Imagine the reaction of a banker or of a credit union head to a loan application operating following similar logic. The applicant would likely be advised not to let the door hit him on the ass on his way out. If we allow the current government to act as it pleases, our children’s future may amount to working underground, in a Plan Nord mine, for a foreign boss. I have no desire to become enslaved to a corporation that pillages our resources and plunders our riches. Water, oil, mines, natural gas, hydroelectricity, this government pimps us out to vultures and tells us it’s for our own good. And after they’ve cleaned us out, when we become a wasteland purged of it’s resources, they’ll let us spend the few dollars we’ve earned in this exchange, this heist, to clear the oceans of the toxic slop they’ve left behind.

But “they” don’t have to have the last word and there is still time. Here is where you step in. You are city-dwellers, yes, but it’s time to become citizens. Look beyond your neighbourhood, look beyond your partisan disagreements (which only divide us further). If we do not now finish what was started in the 60s during the quiet Revolution–whether we wish to be federated to Canada or Sovereign–we will remain a people enslaved by foreign corporations. The citizens of the Saint Lawrence Valley came together and sent a message to governments and gas companies: they would have their say on the shale gas question. It was happening in their own back yard. But Quebec itself is our back yard. As it stands now, the government disregards us and companies like Petrolia use the courts to gag their critics; it is time to rise up and to act and to exercise our agency as citizens.

Quebec has become one big city. We live side by side, we are connected. In 1962, René Lévesque toured the province with chalk and a blackboard, reaching out to the largely uneducated masses with the message that they must become “Maitres chez nous” (Masters of our own house) and nationalise electricity. A quiet revolution, but a revolution nonetheless. Your uncles, your fathers, your mothers toiled away, pulling our province out of the middle ages, offering us prosperity and innovation, and here you sit, waiting for that email saying the revolution starts tomorrow.

While the fascists are in Quebec and in Ottawa, while the opposition sits toothless, while we torture children in your name, while we auction off Quebec’s subsoil for the price of an old car, you navel gaze, fretting over your rank in a clique, clinging to the righteous conviction that your weekly recycling rites and your bike rides have more than earned your citizenship. In my eyes, you have not proven you can act like real citizens.

Today, you hold in your hands the most revolutionary tool since Gutenberg’s printing press and all you can find to say is: “I’m drunk”, “I’m eating poutine”, “what a babe”, “sleeping”, “my dog is so cute”!

And yet, you aren’t ignorant! You consume newspapers, TV, radio, web. That’s the problem. You consume. A city-dweller pays taxes; a citizen participates in the city. You have stopped thinking and acting ― meanwhile crooks are ransacking our province. Outsiders and traitors in neckties elected to the Quebec national assembly scheme away your health care, your schools, your natural resources, you freedom of speech, your freedom of the press, and you do nothing. In some countries, communities will hang a leader for much less. This is not a suggestion, but an observation.

You slumber like a nation of hopeless potheads, obsessed by the fathers who didn’t love you enough and by your overprotective mothers, suicidal in winter and snoozing in summer, spineless but critical, little stand managers in a stadium you don’t even own anymore, a new generation of electric sheep with the wool pulled over your eyes by another foreign corporation passing along the big brown envelope that will only seal your fate as modern slaves.

Wake up, wake up, wake up. They lie to your face and instead of getting organised, you wait for someone else’s signal. In your mind, solidarity is when televised roommates gang up on yet another target wondering if TV makes his ass look fat.

We are the descendants of a bunch of loons who discovered America in bark canoes, who traded with the First Nations instead of slaughtering them, who courted their women instead of offering them smallpox-infested blankets, the community who welcomed the Irish and the Scots, the Italians, the Chinese, the Vietnamese, the Haitians, even when we had nothing to offer but space. Without weapons, we freed ourselves from the bosses—foreign and domestic–that kept us in misery. I have a message for you: they’re back.

We live in the ever-present danger of losing that for which our ancestors so honourably fought — a fight they followed to Europe. I am a gregarious city-slicker, I live in this great big village with you, but I don’t feel like fighting alone. Please. Wake up, wake up, wake up now.

 

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In reaction to hundreds of comments I wrote some precisions to clarify the numerous questions this text generated.

- MY REACTION

I was surprised by the speed of propagation of my text and hundreds of comments I received since its publication. Some have asked why I wrote this and my answer is simple: I was angry, I suspected that I was not alone, I screamed, I saw your response, your comments, as I am not alone, and in doing so you also realize that you are not alone either. Now we have to refuse being told “You are alone and powerless” because you know that others share your anger.

I want to do this with those who want to act, together or on our own, in a concerted manner or randomly. I do not want a label, a classification, a group that forces us to comply, my dream would be a citizens’ movement, an anonymous mass, unpredictable, impossible to corner, impossible to define, impossible to identify, unstoppable, like water around obstacles, implacable, a kind of citizen tsunami.

- WHO I AM

- I’ve made my living producing documentaries for the last 10 years, I write, I’ve been a photographer for 26 years, I’ve traveled a little but not in tourist areas, I am French but I speak English very well. I want to change the course of events because I’m worried about the future of my province. I am of no political party, I refuse to consider any party affiliation because I value my freedom of speech. Others want to work within a party structure, not me. I am neither right nor left, on the contrary. (Thanks Coluche!).

- My father left school at 16 because and he had to work for a living and to support his family, he was intelligent and he never stopped trying to become a better person and like that, he taught me perseverance. He left too soon, but it inspires me every day to stay honest and to never give up.

I have a Facebook account, a website and a blog (http://www.denismccready.com/), at 43 my resume spans over 20 years, I have touched on many things, and I will continue to explore the world and follow my curiosity.

My text implies that we lack a leader. Am I that person? It’s not for me to decide, but I hear the voices of those who want me to take a little more room in our society. I firmly believe that there are citizens everywhere in Quebec who have as much potential as I do, I hope they will participate in this call for change.

- CYNICISM AND REVOLT

Cynicism is a figure of speech, it is not a way of life. We can not live on just salt or pepper, we need real food. Be wary of spices sellers.

- Revolt and revolution are sometimes bursts that mark change, but they are not an end in themselves or a label for a pretty cool shirt. Better off are those who are comfortable and do not want to change anything, we’ll be better off without you on our journey; on a canoe expedition, I learned one should never carry rocks, but a good paddle, a canoe and colleagues who want to navigate  in the same direction as us.

- IT’S WRONG TO THINK AND SAY WE CANNOT DO ANYTHING

- It’s a poison to the mind to think that we cannot do anything to change this society and this attitude is essentially a self-fulfilling prophecy. The more we repeat that nothing can be done, the more defeated we become, the less we act, and then we realize nothing could be done because nothing was done. We must break this mental model, reject it, oppose those who repeat this claiming they care about us. Say it loud : we don’t want to hear people speak like that anymore.

- Whether you act for change or simply become a supporter for change, know that every action taken against resignation, every refusal to abdicate, is a gesture to be part of the solution.

- APPROACH

- Many people have asked the question: what do we do? If I claimed to know exactly what to do, I’d be a liar or a dictator in the making, but I want it to come from us all, I want us to recognizes that we can collectively take a big step forward together.

- The first thing that comes to mind is to give ourselves a chance by devoting time. I suggest we start by devoting at least 1 hour a week for direct action, coordinated with a small group of people (4 or 5) and with the objective to persevere, while communicating our actions around ourselves, our progress.

- We must stop being afraid of change, we must move forward and create our world as we dream it, instead of letting the media, advertising, politicians and corporations tell us how to think, what to do, tolerating their systematic use of fear to keep us in order.

- Despite my choice of words, I believe that we should not use the language of war. This is not a fight, it’s a change of direction. The change has already begun, we know that we are right ; the onus is not on our side, it is on the side of those who want to continue making the same mistakes. Let us raise awareness, let us make them realize their mistake.

- The current economic development is not an end in itself; without direction, it is a hollow vehicle traveling at breakneck speed. I am not against economic development, but I am against the selling off of our natural resources.

- I AM NOT AGAINST, I AM FOR

- I do not want to “destroy” the world today, I want to make it evolve in a direction that is more fair, and consistent with our values ​​and in consideration of future generations. I am not against, I am for. We must collectively provide a blueprint for society and we need to personally work on it every day.

- CONSIDER FACTS, NOT THE “INTENTIONS”

- It may seem surprising, but I think that we should not waste time searching for the “why” of our current situation (Why does this government do this and that? Why are we asleep?) We all realize we are in a dangerous situation and we need to urgently act accordingly to stop what is going on before it’s too late. When one witnesses a crime, one does not ask the question: why is it that individual committing a crime? One acts to prevent or stop it.

- NON-VIOLENCE

- Breaking windows leads to nothing, because the next day broken windows are replaced with new windows and in the process, you have lost the sympathy of the people who think like you. Violence is not a solution.

Changing our way of life is much more effective. A freed slave can not become enslaved in his mind again, even if he returns to the handcuffs. So we must change our automatic allegiances, our guilty silences, our bad associations, our intellectual laziness, our silent abdications.

- ACTION

- Before I even suggested this text to Voir.ca, I knew very well that we should not stick to screaming and complaining. The next step is to engage in a conversation and look for practical solutions to determine our course of action.

It is useless to preach to the converted. I wrote this text to help reveal in what the company I was and the result is apparent. Little did I imagine a reaction of this magnitude. It may seem a little naive but I wanted to ask the simple question: Am I alone being this angry? It seems not. Is yelling and complaining all the time while doing nothing the best approach to bring about a tangible change? Certainly not. Am I perfect and do I have all the answers? No.

This text is for me a kind of cough to clear my lungs and breathe easier, but I do not want to continue in this style or approach. I’ve been thinking about this age-old question of how to change the world for quite awhile, I’ve spent the last four years working with people who are also seeking solutions, who are optimistic, who act in a tangible way at a grassroots level. I participated in several documentaries in this spirit, knowing full well that it led nowhere to make films about problems without proposing any solutions. I want to continue in that direction.

Basically, I want people to think about solutions or actions, they should share them at public events, some could even be broadcast throughout Quebec (using music, poetry, prose, discussions, video, etc..), The objective is to invite people attending to choose a course of action and select a small group to help them accomplish it. They must commit to persevere. If only 10 people keep to it, we will have accomplished at least that.

A 16-year old boy published the following commentary on the site Voir.ca:

“My name is Christopher, I’m 16 and I awaken and I’m just waiting for older people to open the door. ”

I replied this:

“Hi Christopher, you have more power than you think. Do not wait until we open the door: get informed, get facts on topics you care about, test out your ideas by talking to your friends and family, it will help you develop your ability to argue when someone wants to silence you. Then communicate your outrage around you, your anger, refuse the call to violence, act like a responsible citizen and you will be treated as such; chose a project you care about, start it with a few allies, persevere until you have exhausted all possible solutions. You will inherit this country, start early because time passes more quickly than you might expect.
In short: get informed, express yourself, act. ”

- WE DON’T BEGIN WITH SOVEREIGNTY

- I referred to the Quiet Revolution because it is a moment in our history where we have shown that a collective democratic decision can change the course of things. Although I am not of any political party, the overwhelming vote for the NDP is another example of our ability to take a big step together. I don’t suggest starting a partisan political leadership or supporting an existing one, I just want to change my society and find that I am not alone.

- Personally, I find that “sovereignty” has become like a big smart phone: people are obsessed with the tool, but they forget the basics – words and speech. In the absence of a tangible vision of society, discussions of “sovereignty” and “nationalism” are another way to put us to sleep while a great crime against Quebec is being committed, under our eyes and in broad daylight.

- Who is right?

If I made a mistake in this text, I invite anyone noticing to help me correct this. I am able to recognize when I am wrong.

- ANONYMITY

I will not answer to everyone for lack of time (I make my living making films …) but you can be sure that if you hide behind a pseudonym, I will not answer. If someone other than you pays or mandates to respond to my text, I would appreciate you mentioned it. I put my name on this text, I fully assume its strengths and weaknesses. I wish the rest of this great dialogue to be done openly, with sincerity and transparency.

- Denis McCready

 

 

 

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Ma réponse à la « Critique de la critique» suite à la parution de mon texte «Lettre ouverte aux autres humains».

Voir.ca a publié le 14 septembre un texte de Philippe-Éric Trudelle – Critique de la critique – qui se veut une réponse à mon texte intitulé « Lettre ouverte aux autres humains » paru le 8 septembre 2011. J’ai aussi ajouté sur mon site mes précision suite à la lecture de commentaires du public.

Vous trouverez ci-bas en italique le texte original de Philippe-Éric Trudellehttp://voir.ca/jepenseque/2011/09/14/critique-de-la-critique/#comment-2875

Et en caractère gras, ma réponse.

Si je comprends bien, le problème principal selon vous est que ce sont des étrangers qui investissent ici et qui viennent prendre de nos ressources, en d’autres termes, nous rendent la pareille. Oui, car c’est exactement ce que fait le Québec/Canada. Le matériel qui nous entoure est d’ailleurs. C’est la définition de la mondialisation: être interconnectés sans frontières par le pouvoir du marché.

Non, le problème est qu’ils paient ces ressources à des prix dérisoires comparé aux autres pays (Norvège, Botswana). Ils pourraient venir de la planète Mars, tant qu’ils paient des redevances justes et équitables.

Oui, on peut haïr le marché, surtout pour un peuple né pour un petit pain qui n’a pas plus d’ambitions que de vendre ses tomates à l’intérieur de ses frontières, mais pour un peuple qui est fort, qui croit en ses moyens, qui se voit fier d’exporter sa culture, ses produits, son économie dans d’autres pays, respecte le marché et s’assure qu’il n’y a pas d’excès. Moi, je suis extrêmement fier du Cirque du Soleil: une compagnie privée qui fait des spectacles et qui réussit à travers le monde. C’est parce que les autres pays sont ouverts: ils n’ont pas peur des étrangers.

Je ne haïs pas le marché, il a fait de nous une terre prospère, mais je crois que l’on doit vendre sur ce marché au JUSTE PRIX, et non pas brader nos ressources naturelles pour une petite poignée de change.

Nous ne sommes pas nés pour un petit pain. Merci pour le mépris.

Par contre je vous félicite de ne pas avoir utilisé Céline Dion comme exemple. J’aime bien le Cirque du Soleil moi aussi, je n’ai vu aucun de leurs spectacles, mais je reconnaîs leur extraordinaire accomplissement.

Quand je vois que le Japon vient investir ici, je me dis: «Diable que j’aimerais qu’on soit aussi fort qu’eux!» Ils viennent mettre des milliards, créer une économie, créer de la vie dans un Nord désertique, et ainsi mettre à la portée de tout être qui vit des richesses pour faire grandir des cités, et pas seulement pour les gens d’ici.

Votre angélisme me glace le sang. Ils accèdent à ce territoire sous le régime minier actuel qui n’est pas favorable aux Québécois. Alors que nous pourrions accumuler des redevances importantes pour les générations futures, notre gouvernement préfère agir comme un vendeur de char usagé qui liquide sa marchandise. Et on parle de ressources non-renouvelables. On ne parle pas d’arbres, on parle de minerai.

Il faut réaliser que l’exploitation minière la plus prospère et efficace se fait par le privé: le gouvernement risque bien moins d’argent sinon rien (les filons ne sont jamais garantis, c’est pour ça que le Québec n’a jamais exploité son Nord à ce jour), perçoit des redevances (si on augmente trop la valeur, les investisseurs vont aller ailleurs, et il n’y aura pas de jobs créés) et de l’impôt de la compagnie. Les compagnies donnent du travail, et le gouvernement n’a qu’à imposer des lois strictes pour éviter que l’environnement se détériore. On le fait déjà avec les mines et on fait vivre beaucoup de gens comme ça.

Le même argument pourrait avoir été présenté en 1960, avant la nationalisation de l’électricité. Pourtant l’histoire prouve le bienfait de cette décision du peuple québécois de reprendre le contrôle de cette ressource. Rappelons que c’est Hydro-Québec qui détenait le contrôle du pétrole et du gaz sur le territoire du Québec et que ces avoirs ont été liquidés – pour des redevances gardées secrètes – au profit des compagnies privées, la plupart située au Québec, mais dont un grand nombre est contrôlé par des compagnies étrangères. Quand le gouvernement de Lesage-Lévesque a nationalisé l’électricité c’était pour arrêter la fuite des capitaux québécois à l’étranger. Je ne demande pas 100% de contrôle gouvernemental sur les mines, je demande des redevances qui sont justes et qui bénéficieront à tous les Québécois(es).

Demander que le gouvernement gère absolument tout (que ça soit les ressources naturelles comme l’agriculture jusqu’aux services comme Internet) est une vision dangereuse qui encourage un contrôle de plus en plus puissant d’une seule entité, et si ça n’amène pas la corruption, on voit que ça amène la perte de compétitivité.

Vous me prêtez des idées qui ne sont pas les miennes. Je n’ai jamais demandé que le gouvernement gère tout. Désolé, vous avez peut-être mal lu ou vous vous trompez d’auteur.

Je ne sais pas pour vous, mais avec les politiciens d’aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas se mettre la corde autour du cou que de donner de plus en plus de pouvoir à une seule organisation politique. Une compagnie n’a pas de pouvoir politique, le gouvernement, lui, peut l’avoir de façon absolue. Le gouvernement sera toujours au-dessus des compagnies et des citoyens. Une compagnie n’est qu’un tas d’humains qui travaillent ensemble pour vendre de quoi aux citoyens. Le site Voir en est la preuve.

Encore un bel angélisme. Rappelons que les corporations ne se comportent pas comme des citoyens, malgré que nos lois leur donnent le statut de personne morale (la belle contradiction, vous ne trouvez pas?). Beau synchronisme, Radio-Canada ce soir dévoilait le rapport secret de l’Unité anticollusion. Cette citation à elle seule déboulonne votre argument :

« S’il devait y avoir une intensification du trafic d’influence dans la sphère politique, on ne parlerait plus simplement d’activités criminelles marginales, ni même parallèles : on pourrait soupçonner une infiltration voire une prise de contrôle de certaines fonctions de l’État ou des municipalités.

— Extrait du rapport de l’Unité anticollusion»

Nouvelle de Radio-Canada : http://bit.ly/oKT783

Faut-il être patriotique et haineux pour avoir de l’aversion envers des gens d’ailleurs? Si c’est un Québécois qui investit, c’est très bien, mais si c’est un humain à peau jaune, on crie: «Nous ne sommes pas maîtres chez nous!».

Ai-je bien lu? Alors que je fais un plaidoyer pour que nos ressources naturelles ne soient pas bradées à des compagnies étrangères, qui vont donc faire une ponction de ressources non-renouvelables et de capitaux équivalents en ne payant pas leur juste valeur de cette ressource collective, vous suggérez que je tiens des propos haineux? Seule la présence de vos points d’interrogation – c’est très habile – désamorce ce qui autrement s’apparenterait à de la diffamation. Je veux bien argumenter, mais il y a la manière (comme disais Jacques Brel).

Il n’y a rien de plus pathétique comme vision que d’imaginer que chaque pays devrait être refermé sur lui-même et éviter de recevoir des investissements d’ailleurs sous l’argument: «L’argent ne vient pas d’ici, donc nous allons perdre notre pouvoir en tant que peuple.»

Encore là vous me prêtez des idées qui ne sont pas les miennes. Relisez-moi sans votre biais et revenez m’en parler plus tard.

Nous, les 7 milliards d’humains, achetons et consommons, nous sommes le marché, tous, interconnectés. Oui, il y a des êtres corrompus, et c’est inévitable quand on donne trop de pouvoir à des individus, quand nous centralisons les moyens. Mais c’est de notre faute. C’est nous qui, par lâcheté, donnons la confiance à une seule compagnie, à seulement quelques leaders, parce que c’est moins cher et que nous n’encourageons pas la compétition. Nous laissons les banques les plus puissantes contrôler tout parce que nous ne voulons pas encourager le moins profitable, les plus petites banques, et c’est le pire qui nous arrive par la suite.

Arrêtons d’avoir peur du mot privé, c’est un synonyme du mot «je». Nous sommes tous des individus avec un revenu personnel, nous sommes tous des êtres privés. À ce jour, votre compte de banque n’est pas public et il n’est pas dépensé selon la volonté d’un gouvernement, heureusement.

Encore là vous me prêtez des idées qui ne sont pas les miennes.

La visée d’un gouvernement, ce n’est pas de contrôler tout, mais de mettre des lois pour que les choses se gèrent d’elles-mêmes. Je n’ai pas besoin d’un policier à tous les coins de rue, je fais confiance aux gens.

Moi aussi je fais confiance aux gens, sinon je ne me serais pas donné la peine d’écrire cette lettre (et cette réponse).

Il faut arrêter de haïr le marché pour ensuite se plaindre qu’il n’y a pas de jobs intéressants dans notre domaine. À moins que vous rêviez d’un monde où c’est le gouvernement qui offre tous les emplois, où un gouvernement contrôle tous les revenus et décide quoi faire avec. Je préfère faire confiance aux humains, d’ici et d’ailleurs, avec une ouverture d’esprit qui en a assez de la xénophobie.

Je pourrais vous dire moi aussi: «Réveillez-vous! Tuer toute racine d’économie dans notre propre pays, c’est se tirer dans le pied.»

Encore là vous me prêtez des idées qui ne sont pas les miennes.

Mais je ne dirais pas «réveillez-vous», car c’est très prétentieux.

Je prend le blâme de front. Je suis en colère et j’ai la prétention de ne pas être seul. J’aime mieux faire une maladresse de la modestie que de me laisser endormir par le gouvernement et des médias, parfois complices, parfois simplement incompétents.

Si vous voulez agir comme des moutons, n’écoutez qu’une version des faits, qu’une vision des choses, et on vous fera faire n’importe quoi, même contre vous-mêmes.

Il faut être critique, même des critiques… surtout des critiques, comme moi.

Justement. Et merci d’avoir pris le temps de me répondre. J’apprécie votre geste et demeure ouvert à continuer cette discussion avec vous, ou avec d’autres.

 

Par contre il se peut que d’autres citoyens se sentent concernés aussi et, sachant que je ne suis pas le détenteur de la vérité, je les invite à enclencher un réel débat de société sur toutes les tribunes du Québec.  Soyons respectueux l’un de l’autre, soyons ouverts d’esprit, mais parlons haut et fort. Refusons de demeurer silencieux. C’est urgent.

- Denis McCready

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Précisions suite à la lecture des commentaires et réactions depuis la publication de mon texte « Lettre ouverte aux autres humains » sur le site de Voir.ca

Réponse aux commentaires et réactions depuis la publication de mon texte « Lettre ouverte aux autres humains » sur le site de Voir.ca

 

J’ai lu les premiers 75 commentaires et j’ai noté plusieurs questions et remarques. J’espère y répondre du mieux que je peux.

 

- MA RÉACTION

J’ai été étonné par la vitesse de propagation de mon texte et de la centaine de commentaires que j’ai reçus depuis sa publication. Certains ont demandé pourquoi j’ai écrit ce texte et ma réponse est simple : j’étais en colère, je soupçonnais que je n’étais pas seul, j’ai crié, j’ai bien vu avec votre réaction, vos commentaires, que je ne suis pas seul, et par le fait même vous vous êtes aussi rendu compte que vous n’êtes pas seuls non plus. Maintenant, n’acceptez plus qu’on vous dise « TU ES SEUL ET IMPUISSANT » puisque vous savez que d’autres partagent votre colère.

J’ai envie d’agir avec ceux qui ont envie d’agir, ensemble ou chacun de notre côté, de façon concertée ou de manière aléatoire. Je ne veux pas d’une étiquette, d’une classification, d’une regroupement qui nous force à nous conformer, mon rêve serait un mouvement citoyen anonyme, une masse imprévisible, impossible à cerner dans un coin, impossible à définir, impossible à circonscrire, impossible à arrêter, comme l’eau contourne les obstacles, mais dont on sent l’effet implacable, une sorte de tsunami citoyen.

 

- QUI JE SUIS

- Je gagne ma vie en production de documentaires depuis 10 ans, j’écris, je fais de la photo depuis 26 ans, j’ai voyagé un peu mais pas dans des lieux touristiques, je suis francophone, mais je parle très bien l’anglais. Je veux changer le cours des choses parce que je m’inquiète pour l’avenir de mon coin de pays. Je ne suis d’aucun parti politique, je refuse de considérer quelconque affiliation partisane parce que je tiens à ma liberté de parole. D’autres veulent travailler à l’intérieur d’une structure partisane, pas moi. Je ne suis ni de droite, ni de gauche, bien au contraire. (Merci Coluche!).

- Mon père a quitté l’école à 16 ans, parce qu’il devait travailler pour gagner sa vie et aider sa famille; il était intelligent et il n’a jamais arrêté d’essayer de devenir une meilleure personne et comme ça, il m’a transmis la persévérance. Il est parti trop tôt, mais il m’inspire chaque jour à rester intègre et à ne jamais abdiquer.

J’ai un compte Facebook, un site web et un blogue (http://www.denismccready.com/), à 43 ans mon CV s’étend sur plus de 20 ans, j’ai touché à beaucoup de choses, et je vais continuer d’explorer le monde et de suivre ma curiosité.

Mon texte sous-entend qu’il nous manque un leader, un chef, un meneur. Suis-je cette personne? Ce n’est pas à moi de le décider, mais j’entends les voix de ceux qui souhaitent que je prenne un peu plus de place dans notre société. Je crois fermement qu’il y a partout au Québec des citoyens qui ont autant de potentiel que moi, j’espère qu’ils participeront à ce à quoi j’appelle.

 

- LE CYNISME et LA RÉVOLTE

Le cynisme est une figure de style, ce n’est pas une manière de vivre. On ne peut pas vivre de sel ou de poivre, on a besoin de vraie nourriture. Méfiez-vous des vendeurs d’épices.

- La révolte et la révolution, ce sont parfois des sursauts qui marquent le changement, mais ce n’est pas une fin en soi, ni une étiquette pour se faire un joli chandail cool. Tant mieux pour ceux qui sont confortables et qui ne veulent rien changer, en expédition de canot, j’ai appris qu’on n’emporte pas les roches, mais on se munit de pagaies, de canots et de collègues qui veulent naviguer dans le même sens que nous.

 

- C’EST FAUX DE DIRE QU’ON NE PEUT RIEN FAIRE

- C’est un poison mental de penser qu’on ne peut rien faire et cette attitude est essentiellement une prophétie auto-confirmée. Plus on se répète qu’on ne peut rien faire, plus on se résigne, moins on agit. Il faut casser ce modèle mental, le refuser, opposer à ceux qui le répètent une fin de non-recevoir. Bref, dire tout haut qu’on ne veut plus entendre parler comme ça.

- Que vous soyez amené à agir ou simplement sympathisant à un changement, sachez que chaque geste posé contre la résignation, chaque refus d’abdiquer, est un geste pour faire partie de la solution.

 

- APPROCHE

- Beaucoup de gens ont posé la question : qu’est ce qu’on fait? Si je prétendais savoir EXACTEMENT quoi faire, je serais un menteur ou un dictateur en puissance, mais je veux que ça vienne de tous, qu’on s’y reconnaisse collectivement et qu’on fasse un grand pas en avant ensemble.

- La première chose qui me vienne à l’esprit, c’est de se donner une chance en y consacrant du temps. Je suggère donc de commencer par consacrer au moins 1h par semaine à une action concrète, concertée, avec un petit groupe de personnes (4 ou 5) et avec l’objectif de persévérer, tout en communiquant autour de vous vos actions, vos progrès.

- Il faut arrêter d’avoir peur de changer, il faut avancer et créer notre monde à mesure au lieu de se laisser dire par les médias, la publicité, les politiciens et les corporations comment penser, quoi faire et surtout de quoi avoir peur.

- Malgré mon choix de mots, je crois qu’il ne faut pas utiliser le langage de la guerre, ce n’est pas un combat, c’est un changement de direction. Le changement est déjà amorcé, nous savons que nous avons raison alors le fardeau de la preuve n’est pas dans notre camp, il est du côté de ceux qui veulent continuer à faire les mêmes bêtises. À nous de les conscientiser, à nous de leur faire réaliser leur erreur.

- Le développement économique actuel n’est pas une fin en soi ; sans direction, il n’est qu’un véhicule creux qui roule à tombeau ouvert. Je ne suis pas contre le développement économique, mais je suis contre la vente à rabais de nos ressources naturelles.

 

- JE NE SUIS PAS CONTRE, JE SUIS POUR

- Je ne veux pas « détruire » le monde actuel, je veux le faire évoluer dans une direction qui m’apparaît plus juste, en accord avec nos valeurs et en considération des générations futures. Je ne suis pas CONTRE, je suis POUR. Nous devons nous donner collectivement un projet de société et nous devons y travailler personnellement chaque jour.

 

- JUGEONS LES FAITS, PAS LES « INTENTIONS »

- Ça peut paraître surprenant, mais je crois qu’il ne faut pas perdre de temps à chercher le « pourquoi » de notre situation actuelle (Pourquoi le gouvernement agit de la sorte? Pourquoi nous sommes amorphes?) Nous faisons le constat d’une situation dangereuse et urgente, agissons en conséquence pour arrêter ce qui est en cours avant qu’il ne soit trop tard. Quand on est témoin d’un crime, on ne se pose pas la question : pourquoi cet individu est-il en train de commettre un crime? On agit pour l’empêcher ou l’arrêter.

 

- NON-VIOLENCE

- Casser des vitres ne mène à rien, parce que le lendemain les vitres cassées sont remplacées par des vitres neuves et dans le processus, vous avez perdu la sympathie des gens qui pensent comme vous. La violence n’est pas une solution.

Changer sa manière de vivre est beaucoup plus efficace. Un esclave libéré ne peut plus redevenir asservi dans sa tête, même si on lui repasse les menottes. C’est donc nos gestes quotidiens qu’il faut changer, nos allégeances automatiques, nos silences complices, nos paresses intellectuelles, nos muettes abdications.

 

- ACTION

- Avant même de suggérer ce texte au Voir.ca, je savais très bien qu’il ne fallait pas s’en tenir à gueuler. La prochaine étape est de parler ensemble de solutions concrètes et d’agir.

Ça ne sert à rien de prêcher aux convertis. J’ai écrit ce texte pour lancer un révélateur dans la société et voir ce qui en ressortirait. J’étais loin de m’imaginer une réaction d’une telle ampleur. Ça peut paraître un peu naïf mais j’avais envie de poser la question : est-ce que je suis seul à être en colère comme ça? Ça a l’air que non. Est-ce que gueuler tout le temps et ne rien faire est la meilleure approche pour provoquer un changement tangible? Certainement pas. Suis-je parfait et ai-je toutes les réponses? Non.

Ce texte est pour moi une sorte de toux pour me dégager les poumons et mieux respirer, mais je n’ai pas envie de continuer dans ce style ni cette approche. Ça fait très longtemps que je réfléchis à comment changer le monde, ça fait plus de quatre ans que je travaille avec des gens qui cherchent aussi des solutions, qui sont optimistes, qui agissent de manière tangible sur le terrain. J’ai participé à plusieurs documentaires dans cet esprit, sachant très bien que ça ne menait à rien de faire des films où on étale les problèmes sans proposer de solutions. J’ai envie de continuer dans cette direction.

En gros, je veux que les gens réfléchissent à des solutions ou des actions, qu’ils viennent les partager lors d’un événement qui sera retransmis à travers le Québec (musique, poésie, prose, discussions, vidéo, etc.), ensuite on invitera les gens à choisir une action et la faire MAIS ils doivent s’engager à persévérer. Même si seulement 10 personnes tiennent la route, on aura accompli ça

Un jeune homme de 16 ans a publié le commentaire suivant sur le site Voir.ca :

« Mon nom est Christopher, j’ai 16 ans et je suis réveillé j’attends seulement que les plus grands ouvrent la porte. »

Je lui ai répondu ceci :

« Salut Christopher, tu as plus de pouvoir que tu ne le crois. N’attends pas qu’on t’ouvre la porte: informe-toi, renseigne-toi sur les sujets qui te tiennent à coeur, développe tes idées en discutant avec tes ami(e)s et ta famille, ça t’aidera pour savoir comment argumenter quand quelqu’un veut te faire taire ; ensuite communique autour de toi tes indignations, tes colères, refuse l’appel à la violence, agis comme un citoyen responsable et on te traitera comme tel ; choisis un projet qui te tient à coeur, démarre-le avec quelques alliés, persévère tant que tu n’auras pas épuisé toutes les solutions possibles. Ce coin de pays, tu vas en hériter, commence tôt car le temps passe plus vite qu’on ne le soupçonne.

En résumé : informe-toi, exprime-toi, agis. »

 

- ON NE COMMENCE PAS PAR LA SOUVERAINETÉ

- J’ai fait référence à la Révolution Tranquille parce que c’est un moment de notre histoire où nous avons démontré qu’une décision commune peut changer le cours des choses. Bien que je ne sois d’aucun parti politique, le vote massif pour le NPD est un autre exemple de notre capacité de faire un grand pas ensemble. Sans proposer de suivre une ligne partisane, ni soutenir une direction politique déjà existante, j’ai envie de changement et je constate que je ne suis pas seul.

- Personnellement, je trouve que la « souveraineté » est devenu comme un gros téléphone intelligent : les gens sont obsédés par l’outil, mais ils oublient l’essentiel – les mots et la parole. En l’absence d’un projet de société tangible, les discussions sur la « souveraineté » et le « nationalisme » m’apparaissent comme une autre manière de nous endormir pendant que se commet un grand crime contre le Québec, sous nos yeux et en plein jour.

 

- À PROPOS DU PARAGRAPHE « On est les descendants d’une bande de capotés…»

- Le texte est imparfait ; il a été écrit initialement pour être lu en public (avec les emphases et nuances permises, et le fait qu’on peut adopter un ton sarcastique pour donner ou détourner le sens des mots) et il y a aussi quelques raccourcis. J’aimerais apporter une nuance :

Par rapport aux Premières Nations : je ne nie pas le génocide canadien, ni ne prétends que les abus sexuels de l’Église n’ont pas eu lieu, mais c’est historiquement vrai : il y a eu beaucoup de couples mixtes Français-Amérindiens, la politique génocidaire contre les Premières Nations est arrivée après la conquête britannique (je ne prétends pas que les Français n’ont pas tué d’autochtones mais il y a une différence entre une bourgade attaquée et des politiques fédérales canadiennes appliquées sur des centaines d’années et dont certaines sont encore en place).

Ceci dit, ça peut être mal reçu quand c’est lu sans contexte, plutôt que livré verbalement et ça pourrait bénéficier d’un coup de rabot et de papier sablé pour arrondir ce coin-là avant de le republier ailleurs.

 

- QUI A RAISON?

Si j’ai commis une grossière erreur dans ce texte, j’invite quiconque le remarque à m’aider à rectifier le tir. Je suis capable de reconnaître quand j’ai tort.

 

- L’ANONYMAT

Je ne répondrai pas à tout le monde par manque de temps (je gagne ma vie à produire des films…), mais vous pouvez être certain que si vous vous cachez derrière un pseudonyme, je ne vous répondrai jamais. Si quelqu’un d’autre que vous vous mandate ou vous paie pour réagir à mon texte, j’apprécierais que vous le disiez. J’ai mis mon nom sur ce texte, j’en assume entièrement les forces et faiblesses. J’aimerais que la suite de ce grand dialogue se fasse à visage découvert, dans la sincérité et la transparence.

-Denis McCready

 

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Lettre ouverte aux autres humains

Texte lu au Cabaret des caprices (librement adapté d’un texte antérieur) sur le thème VIVRE EN VILLE.

Publié sur le site Web de Voir dans la section JE PENSE QUE

21 août 2011

Café Caprice

 

Lettre ouverte aux autres humains avec qui je vis en ville.

 

Je ne veux pas vous faire rire, ni vous faire pleurer. Je ne vous connais pas individuellement, mais je vous aime collectivement, pour l’instant. Il peut m’arriver de ne pas vous dire bonjour, mais je me lève chaque matin en pensant à vous, mais surtout à vos enfants, à leur avenir, à notre coin de pays.

 

Ce texte pourrait ressembler à caprice d’intellectuel, je le vois plutôt comme un texte pré-révolutionnaire, un appel à considérer l’insurrection. Si vous êtes confortables dans votre vie actuelle, je suis venu vous parler dans le casque.

 

C’est qui ce gars-là pour venir nous donner sa petite opinion du monde? Brève présentation.

 

Je suis presque né sur l’asphalte en 1968. Pas sur le trottoir directement comme Édith Piaf, mais presque. J’ai grandi sur l’asphalte et le ciment des trottoirs du Plateau Mont-Royal. Pendant un temps, je considérais ce périmètre qui allait du Parc Lafontaine au Parc Laurier et de De Lorimier à St-Denis comme mon territoire. Mon pays. Habité par mon peuple. Avait droit de cité ceux qui comme moi avaient laissé la peau de leur genoux sur les trottoirs, une sorte de citoyenneté du sang. On avait saigné sur le même trottoir, on avait eu mal dans le même lieu, on était des frères. Mes voisins de la classe ouvrière étaient aussi mes concitoyens ; les visages de l’époque étaient un univers où s’exprimait la géographie de la pauvreté. Notre langage n’avait pas encore été émasculé par les apôtre de la rectitude mentale. J’aimais regarder l’univers en dehors de mon quartier défiler par la fenêtre de la grosse familiale de mon père quand nous faisions un tour de char. On appelait ça un char. Comme chez les Romains. Un monstre d’acier avec des roues immenses. 8 cylindres. Tout allait bien au Proche-Orient. Avec Sesame Street, FanFan Dédé, Sol et Gobelet, Fanfreluche, Cousteau et la Mutuelle d’Omaha, j’ai appréhendé le reste du monde en noir et blanc à la télévision. Puis est arrivé un étrange magazine que je ne comprenais pas parce que c’était en anglais : National Geographic. Heureusement, il y avait les photos couleurs. Je devais avoir 4 ou 5 ans la première fois que j’ai ouvert ça. C’est là que j’ai rencontré des hommes et des femmes de tous les pays du monde. Tous différents, tous humains. Une grande famille dans un village sur le point de devenir global.

 

Je suis un citadin, comme d’autres sont des hommes des bois. Ça ne m’empêche pas de penser que la ville moderne du 20e siècle est devenue un endroit absurde pour vivre, un lieu qui peut être cruel et qui facilite le contrôle des populations, le contrôle des individus et de leur pensée. Chaque jour on nous dit quoi penser, quoi acheter, comment vivre et surtout on nous dit de ne pas changer le monde. Il faut donc réinventer la ville ou la détruire. Et pour ça j’ai besoin de vous.

 

Une ville c’est captivant, mais rappelons nous que nous pouvons devenir captifs. Je comprends ceux qui veulent se sauver la fin de semaine. C’est une question de santé mentale. Notre proximité est dangereuse quand elle nous contraint comme une cage autour d’un rat. Henri Laborit dans le film «Mon oncle d’Amérique» de Alain Resnais expose les résultats de ses recherches avec des rats. Le chercheur français a enfermé deux rats dans la même cage. Quand il ne se passe rien, ils sont tout à fait « civils » l’un avec l’autre, mais dès qu’on passe un courant électrique dans le plancher, ils s’attaquent aussitôt l’un à l’autre. Dès que le courant arrête, ils arrêtent de se battre. Les rats répondent à l’agression immatérielle en attaquant automatiquement ce qu’ils présument être la source de l’agression : l’autre. Ce test ne laisse aucune séquelle pour les deux rats. Ensuite, Henri Laborit a répété l’expérience avec un seul rat dans la même cage. Le rat n’a pas d’autre rat à attaquer. Il sursaute, souffre, subit cette agression sans aucun exutoire physique. Laborit découvre que s’il fait subir ce traitement au rat régulièrement, l’animal développe un cancer, et Laborit théorise qu’un corps qui subit une agression sans se décharger finit par s’attaquer à lui-même. Ça ne veux pas dire que vous devez vous battre avec le plus proche humain dès que vous êtes de mauvaise humeur! Ou de violenter votre chien ou des pigeons, SVP. Non. Mais rappelez-vous que pendant que vous êtes occupés à vous «battre» avec les autres habitants de votre ville, vous ne pouvez combattre ce qui vous fait vraiment mal : l’état et la corporation.

 

Depuis des mois, partout dans le monde, les peuples se soulèvent et renversent leur gouvernement, parfois dans une réelle prise de pouvoir venant de la rue, parfois en tant que simple pions dans un échiquier qui a déjà été joué pour eux, tantôt dans l’allégresse pacifique, tantôt dans un bain de sang. Les citoyens du monde veulent se libérer de leurs dirigeants parce que ces gouvernement ont échoué de manière accablante.

 

Les Québécois ont autant de raisons d’être en colère. Nous sommes collectivement bien nantis, nous mangeons relativement à notre faim, nous sommes libres de nos opinions politiques – quand on se compare on se console, diront certains – mais la colère sommeille. Vous le savez, vous la sentez. On nous ment, on nous pille, on érode nos libertés fondamentales, on nous montent l’un contre l’autre. Ne soyons pas bêtes ; ne nous rendons pas malades à force de subir cette agression sans réagir. Si on a mal ensemble, il faut agir ensemble.

 

En ce moment, nos infrastructures routières sont devenues le symbole du Québec : des politiciens et des corporations s’assoient et décident de dépenser l’argent de vos impôts en plaçant la priorité sur leur bénéfices communs : la cotisation politique pour le politicien, l’argent excessif pour la corporation, qu’elle soit une entreprise de construction de route ou de barrages hydroélectriques, un empire médiatique, une compagnie de boisson gazeuse, ou une compagnie de pétrole, de gaz ou de minerais. Nos ponts tombent et tuent, et on ne sais pas qui est responsable. Le pouvoir est exclusif, le profit privé, la dette publique et la bêtise anonyme.

 

Après l’invention de la ville moderne nous avons assisté à l’invention de la ville virtuelle. Et comme bon peuple grégaire que nous sommes, nous avons investit les lieux de l’Internet massivement, courriel, sites web, blogues, Facebook, Twitter, Google+, etc. Nous sommes des citadins très volontaires, tant dans notre cité physique que sur l’Internet, mais nous sommes divisés. Par les petites querelles quotidiennes, par les divertissements inutiles et abrutissants. Les messages de ceux qui veulent nous informer et nous aider sont difficiles à entendre parce qu’il y a beaucoup de bruit. On est plus intéressé par une recette de cuisine que par une recette pour devenir libre. Notre capacité d’indignation est complètement déboussolée. On hurle dans les tribunes publiques de tous acabits parce qu’un père a tué ses deux enfants – un acte horrible – mais on ne lève pas le nez de nos téléphone « intelligents » quand notre premier ministre nous annonce qu’il va vendre le grenier de nos ressources naturelles à des pays étrangers pour une bouchée de pain. On ne rouspète pas sur les implications que le gouvernement ait donné un prix à l’eau potable traitée par les usines de notre ville afin que des compagnies l’embouteille pour faire des millions de profits. On ne bronche pas lorsque notre ex-ministre des ressources naturelles, Mme Nathalie Normandeau, fait de l’aplat-ventrisme devant la compagnie Pétrolia, respectant un ordre de cette corporation de fermer sa gueule sur l’entente entre cette compagnie et Hydro-Québec : la société d’État a cédé le pétrole de l’Île d’Anticosti – une ressource collective – pour une redevance gardée secrète pour l’instant. Je vous épargne l’énoncé du bilan environnemental possible, mais sachez que cette réserve de pétrole est seulement accessible par fracturation hydraulique et pourrait entraîner jusqu’à 3 trillions de dollars de profits. Si on coupait la pomme en deux avec Pétrolia, on règlerait la dette du Québec et on pourrait payer les soins de santé de tous les enfants à naître cette année jusqu’à leur mort. Mais M. Charest préfère vendre nos ressources naturelles au moins offrant. Les compagnies minières vident notre sous-sol depuis des années pour une petite poignée de change (à peine 3% de redevances réelles) et si l’exploitation des gaz de schiste allait de l’avant, ça se ferait sous ce régime ; autant dire qu’on prendrait un risque environnemental phénoménal avec la vallée du St-Laurent – notre garde mangé – pour des pinottes. Je vous épargne le discours sur l’hydroélectricité, je me suis exprimé là-dessus dans le film que j’ai produit – Chercher le courant – mais avec le projet Romaine on nage en pleine absurdité de dépenser huit milliards de dollars pour produire de l’électricité qu’on va vendre à perte. Le Plan Nord du gouvernement Charest va coûter 80 milliards de dollars d’investissement, mais va rapporter seulement 28 milliards de revenus à l’état… Il est fou cet homme ou quoi? On dépenserait 80 pour gagner 28. Imaginez la tête d’un banquier ou d’une directeur de caisse populaire si vous alliez négocier un prêt pour une maison avec ce genre de logique de revente. On vous expulserai à coup de pied dans le cul. Si on laisse faire l’actuel gouvernement, l’avenir de nos enfants se résumera à travailler sous terre dans une mine du Plan Nord pour un patron étranger. Je n’ai pas envie de devenir l’esclave d’une corporation qui pompe nos ressources et vide notre pays de richesse. L’eau, le pétrole, les mines, le gaz naturel, l’hydroélectricité, ce gouvernement se comporte comme un proxénète et nous vends à des vautours en nous disant que c’est pour notre bien. Et quand ils nous auront bien vidé, qu’on ne sera plus qu’un territoire expurgé de ses ressources, ils nous laisseront dépenser le peu d’argent gagné dans cet échange qui s’apparente à un vol pour nettoyer les océans de merde toxique qu’ils auront laissés derrière eux.

 

Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot et il est encore temps. C’est ici que vous avez votre rôle à jouer. Vous êtes des citadins, oui, mais il est temps de devenir de vrais citoyens. Regardez plus loin que votre quartier, regardez plus loin que vos divergences partisanes, qui sont autant de manières de nous diviser. Si nous ne terminons pas ce qui a été commencé dans les années 60 avec la Révolution Tranquille, que nous soyons fédéré au Canada ou souverain, nous resterons un peuple esclave des corporations étrangères. Les citoyens de la vallée du St-Laurent se sont réunis, se sont coalisés et ils ont réussi à envoyer le message aux gouvernement et aux compagnies gazières qu’ils avaient leur mot à dire dans le dossier des gaz de schiste. Ça se passait dans leur cour. Mais notre cour à tous c’est le Québec. Présentement le gouvernement nous méprise et des compagnies comme Pétrolia tentent de museler la critique en utilisant les tribunaux ; il est temps de se lever et de poser un geste de citoyen libre.

 

Le Québec est maintenant comme une grosse ville. Nous sommes physiquement proches l’un de l’autre, nous sommes connectés l’un avec l’autre. Imaginez, en 1962, René Lévesque a fait le tour de la province avec un tableau noir pis une craie pour rejoindre des gens majoritairement pas éduqués pour leur faire comprendre qu’il fallait devenir « Maîtres chez nous » en nationalisant l’électricité. Une révolution tranquille, mais une révolution quand même. Vos oncles, vos pères, vos mères mêmes se sont échinés à sortir notre province du moyen âge pour nous donner une richesse collective et un avenir moderne, pis vous rester tranquille à attendre de recevoir le courriel qui va vous dire que la révolution commence demain.

 

Alors que les fascistes sont à Québec et Ottawa, que l’opposition est édentée, pendant qu’on torture des enfants en votre nom, pendant qu’on vends le sous-sol Québécois pour le prix d’un vieux char, vous continuez de vous regarder le nombril, soucieux de votre standing dans une clique, convaincus que votre recyclage hebdomadaire et vos ballades en vélos font de vous des citoyens dignes de ce nom. À mon sens, vous n’avez pas encore prouvé que vous avez droit de cité.

 

Vous avez aujourd’hui entre les mains l’outil le plus révolutionnaire depuis la machine à imprimer de Gutenberg, et tous ce que vous trouvez à dire avec c’est : chus saoul, j’mange de la poutine, check la pitoune, j’fais dodo, mon chien yé cute!

 

Vous êtes pas ignorants pourtant! Vous consommez journaux, TV, radio, web. Et le problème est là. Vous consommez. Un citadin paie des taxes ; un citoyen participe à la cité. Vous avez arrêté de penser et d’agir, alors que notre province se fait violer par des bandits. Vous restez à rien faire pendant que des étrangers pis des traîtres à cravate élus à l’assemblée nationale du Québec complotent pour vous voler vos soins de santé, vos écoles, vos ressources naturelles, votre liberté d’expression et votre liberté de presse. Dans certains pays, des peuples ont pendu leur chef d’état pour moins que ça. C’est pas une suggestion, c’est une observation.

 

Vous dormez comme un peuple de poteux dépressifs, obsédés par votre père qui vous a pas assez aimé, pis votre mère qui vous protégeait trop, suicidaire en hiver et légumes en été, critiqueux sans épine dorsale, petits gérants d’estrades dans un stade qui ne vous appartient même plus, génération de nouveaux moutons électriques qui se laissent manger la laine sur le dos par une corporation étrangère qui a donné une grosse enveloppe brune pour faire de vous des esclaves modernes.

 

Réveillez-vous, réveillez-vous, réveillez-vous. Vous vous faites mentir en pleine face et au lieu de vous organiser, vous restez assis à attendre que quelqu’un donne le signal. Dans votre tête la solidarité c’est quand deux lofteurs se mettent en gang pour bitcher une conne obsédée par la grosseur de son cul à la TV.

 

On est les descendants d’une bande de capotés qui ont découvert l’Amérique en canot d’écorce, qui commerçaient avec les indiens au lieu de les massacrer, qui baisaient les indiennes au lieu de leur donner des couvertures infectées par la variole, le peuple qui a accueilli les Irlandais et les Écossais, les Italiens, les Chinois, les Vietnamens, les Haïtiens même si on n’avait presque rien à leur offrir sauf de la place. On est un peuple qui s’est affranchit sans armes des patrons anglais et étrangers qui nous maintenaient dans la misère. J’ai un message pour vous : ils sont de retour.

 

On est en danger de perdre ce pourquoi nos ancêtres se sont battus, parfois même jusqu’en Europe. Je suis un citadin grégaire, je vis dans ce gros village avec vous, mais j’ai pas envie de me battre tout seul. S.V.P. Réveillez-vous, réveillez-vous, réveillez-vous maintenant.

 

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