Category - Uncategorized

En guise d’introduction…

Publié initialement le 11 janvier 2012 sur Voir.ca

Détenteur involontaire d’une soif de justice particulièrement tenace, j’ai décidé il y a quelques années d’utiliser ma réserve de vie pour explorer quelques endroits de ce curieux monde et faire œuvre de paludier d’idées, d’images et de mots.

J’ai commencé à lire le journal Voir dès le #1, en 1986, adoptant un rituel hebdomadaire qui incluait un café au lait et la lecture obligatoire de la chronique de Jean Barbe, alors rédacteur en chef. Depuis, j’ai préféré les récits aux romans, les reportages à la poésie, la photographie de guerre à celle de mode, lisant plus souvent en couverture souple qu’en couverture rigide.

Depuis plusieurs années, je suis interpellé par le fait que les médias sont remplis de voix inoffensives alors qu’il y a tant à dénoncer; autant de mauvais scénaristes de réalités immersives en sourde guerre psychologique contre les citoyens et opérant par gavage mental pour détourner notre attention, ou pire, pour nous maintenir dans l’ignorance.

Très jeune déçu par le genre humain, j’ai abordé l’âge adulte avec ce désir d’être une sentinelle citoyenne aux aguets; je suis prêt à sonner l’alarme ou aligner un phare sur tout ce qui va mal. Après des années à me débattre dans l’inaction, j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont montré, par l’exemple, qu’il était possible de changer le cours des choses. Prompt à m’indigner et à dénoncer l’inacceptable, j’ai depuis pris le pari de m’engager à agir concrètement dans ma société. Par le cinéma, en premier, ayant produit les documentaires « BAS! Au-delà du Red Light » et « Chercher le courant », puis par la prise de parole et les actions concrètes, après une curieuse suite d’événements…

À l’automne 2010, participant alors aux Auteurs du dimanche depuis plusieurs années, j’ai osé un texte de confrontation sur le thème « Rock ‘n Roll » imposé cette semaine là aux auteurs. J’y varlopais allègrement l’exceptionnalisme québécois et ce mythe récalcitrant que nous sommes un peuple « rock ‘n roll ». La réception a été plutôt bonne lors de la lecture publique au Verre Bouteille, en novembre 2010. Le texte resta inerte dans mon ordinateur jusqu’à ce qu’on m’invite, à l’été 2011, à participer au Café des Caprices, un autre cabaret, pour y lire un texte sur le thème « Vivre en ville ». Je commençai la rédaction, mais le texte était fade et presque pâteux en bouche. Cherchant une solution avant l’échéance, j’ai reconnu la parenté de mon humeur du moment avec l’ancien texte. N’ayant aucun scrupule à me phagocyter, je fusionnai les deux textes et en terminai la rédaction quelques minutes avant de le lire à une petite foule ayant bravé les pleurs de l’ouragan Irène. Encore là, excellente réception. Puis mon amie Johanne me suggéra de l’envoyer à Simon Jodoin du Voir.ca et il accepta de le publier, le 8 septembre 2011, dans la section JE PENSE QUE, sous son titre original :  « Lettre ouverte aux autres humains ».

Le texte a beaucoup circulé et m’a attiré de bons commentaires, quelques briques et une menace de mort déguisée. J’ai été happé par un mini-tourbillon de médias sociaux qui s’est rapidement effacé devant un événement de plus grande importance : le mouvement mondial d’occupation. Avec l’émergence de Occupy Wall Street, et ma participation subséquente à Occupons Montréal, j’ai été témoin de l’explosion de l’indignation citoyenne sur la place publique, dans la foulée du soulèvement espagnol et du printemps arabe. Regardant au-delà du camping urbain, mon ami Guillaume Pascale et moi avons fondé le site « Quatre-vingt-dix-neuf : Après l’indignation », aidé de Patrick Audinet et d’une poignée d’auteurs et d’artistes. Notre objectif est de publier des articles qui proposent des solutions concrètes à nos problèmes de société. Je continuerai d’y écrire des éditoriaux à chaque semaine (en reprise la semaine prochaine après l’accalmie festive qui vient de se terminer).

C’est en décembre dernier, après cet automne effervescent, que Simon Jodoin m’invita à bloguer pour le Voir, et donc me voici.

Je suis mû par une certitude profonde : le Québec est à un point tournant en 2012. J’ai donc envie que ce blogue soit une tribune pour aborder à ma manière une large gamme de préoccupations :

  • dépolluer le politique du corporatisme;
  • redonner aux QuébécoisEs le contrôle et le bénéfice de leurs ressources naturelles;
  • combattre la désinformation partout où elle se trouve;
  • plaider pour un respect inconditionnel des droits humains;
  • participer activement à informer et éduquer mes concitoyens.

Je partagerai mes réflexions, mes idées, mes bons coups, mais aussi mes erreurs, mes projets en cours et mêmes ceux abandonnés. Par moments, j’attaquerai les mythologies qui m’étouffent, à d’autres moments, je ferai un usage créatif de mes propres pannes, question de combattre l’inertie mentale. Quelques fois, je ferai des souhaits idéalistes et naïfs, question d’oser autre chose que le réalisme plat.

Je ne me gênerai pas pour parler d’art et de politique, et pour faire des liens entre des événements et sujets ailleurs dans le monde. J’afficherai aussi des liens vers mes autres créations : photographies, textes, entretiens radio. Je compte publier deux fois par semaine, tantôt un texte monolithique, tantôt un melting pot d’idées en ébullition.

« Vaste programme, monsieur! » pourriez-vous me dire en paraphrasant De Gaulle. Et donc… Go!

 

* * *

 

À l’occasion de l’événement « 10 ans de Guantánamo, 10 heures de prise de parole pour la liberté » organisé par Amnistie Internationale à Montréal le jeudi 12 janvier 2012, je vous propose le texte YEUX que j’ai écrit sur le sujet.

Aussi, si vous ne l’avez pas déjà vu, je recommande le très puissant film de Patricio Henriquez et Luc Côté sur la détention de Omar Khadr, « Vous n’aimez pas la vérité – 4 jours à Guantánamo ».

Tout ça demeure tristement d’actualité et il faut continuer de le dénoncer haut et fort.

Yeux

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
8 JANVIER 2006 AU DIABLE VERT

Contrainte: doit se passer sur une île déserte

C’est toujours le cri d’un oiseau ou le bruit des bottes qui me tirent du sommeil. La mer, même si elle est proche, même parfois en furie, ne me réveille jamais. Elle me berce plutôt dans le sommeil et c’est là mon seul réconfort, avec le ciel.

Ce matin, sauf la mer, c’est le silence plat. À mesure que j’émerge du sommeil, il y a quelque chose d’anormal dans tant de silence. Je n’entends pas mes voisins, Amir et Rahimoula. Peut-être sont-ils en interrogatoire. Pourtant, j’aurais entendu le bruit des soldats aller et venir; leur cellule est de part et d’autre de la mienne. Impossible de ne pas entendre ce bruit si familier de la chaîne qui traîne par terre, se balançant entre les chevilles.

Puis le silence s’étend encore plus loin. Je n’entends pas le grésillement du mégaphone de la base, un bruit de fond constant qui sort de vieux cornets de métal entre les appels aux soldats. Parfois j’arrive à comprendre un ou deux mots, avec mon anglais sommaire appris en regardant leurs vieux films.

Ce matin, même le bruit de fond du mégaphone est absent. Read More

Vermifuge

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE

23 OCTOBRE 2005 AU DIABLE VERT

Contrainte : quelqu’un doit se laver les mains

Ça commence par la mort de ma grand-mère. Une mort toute simple : elle passe un examen médical, le con de médecin fait faire un électrocardiogramme à l’effort – à 86 ans. Elle décède d’une crise cardiaque la nuit suivante. Née en 1900, elle a vu le 20e siècle passer avec sa modernité, sa connerie. Alors que ma famille s’occupait des arrangements funéraires, je me suis permis de fouiller dans son garage. Rapidement intrigué par une boîte à chapeau, je mis le doigt sur un aspect inconnu de la vie de ma grand-mère. Pas de chapeaux ni de bibelot, j’eus la surprise d’y trouver ceci.

Une Corona #3 fabriquée en 1917. Jusqu’ici, rien d’inhabituel; peut-être ma grand-mère avait occupé un poste de dactylo dans un bureau du centre-ville. La boîte contenait aussi trois grosses enveloppes. Dans la première, j’y découvris ce qui faisait certainement battre le cœur de ma grand-mère : les lettres manuscrites d’un jeune homme parti en janvier 1917 en Europe avec le Corps expéditionnaire canadien : Vital Charbonneau. Toutes les lettres avaient été ouvertes par la censure militaire, pourtant aucune n’avait été censurée. J’avais beau y chercher des indices de combats glorieux, des mentions de la prise de Vimy, Vital ne parlait que d’elle.

Read More

Parfait

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
2 OCTOBRE 2005 – DIABLE VERT

Contrainte : placer le concept d’un appel à frais virés.

Oui…
Non…, non…
Est-ce que je peux te dire que je ne suis pas surpris…
Triste, oui, c’était mon meilleur ami… Mais surpris, pas du tout.

Je le sentais venir. Pas de courriels depuis deux mois, pas capable d’avoir son numéro de téléphone. Pis comme je n’ai pas les moyens d’aller en Azerbaïdjan à chaque semaine, ça me rongeait.

Ça fait vingt ans que j’attends cet appel, Evelyne.

Au début, je pensais que ça serait à cause de Josée, sa première blonde. L’amour de sa vie. Une fille de 19 ans au sourire angélique. Il l’a tellement aimé.
Elle l’a crissé là pour un autre en plein mois de décembre, mais comme les deux familles se connaissaient, il lui a demandé de faire tous les partys de Noël avec lui, question de ménager sa mère.
Imagine le p’tit couple idéal: les petits becs secs à table, les « nous », les « on » pour parler de l’université, du dernier concert rock, les matantes qui passent des remarques : hé, que vous êtes beaux ensembles.
Read More

UA-19975320-2