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CONVERSATION INTÉGRALE AVEC LA FÉDÉRATION DES QUÉBÉCOIS DE SOUCHE

Suite à la publication de cet article ce matin sur le site de la SRC

Une affiche indiquant « Saguenay ville blanche » près du cimetière Saguenay

je soupçonne qu’il s’agisse de la Fédération des Québécois de souche. Je publie donc une conversation Facebook qui a eu lieu en février 2013 avec la personne qui opérait leur page Facebook à ce moment là. Je reproduis le texte intégral de l’échange après avoir enlevé les caractères internet qui nuisent à la lecture. 

 

2013-02-26 21 :31

Denis McCready

Bonjour,

J’aimerais savoir quel niveau de « dilution » est accepté pour être encore considéré « de souche »? Votre définition ne défini pas ce qui arrive aux Français débarqués ici qui ont marié des Écossais ou des Irlandais depuis le XIXe siècle.

Aussi, est-ce que vous considérez la nouvelle vague de Français débarqués depuis plusieurs années au Québec comme étant de facto « de souche » ou comme faisant partie de « l’immigration ».

Merci pour ces précisions.

 

2013-02-26 23:46

Fédération des Québécois de souche

Bonjour,

Excellente question en effet! Nous allons tenter d’y répondre le plus simplement possible.

Le terme « de souche » fait référence à la souche française fondatrice et à ses descendants. Nous opposons donc une conception de « droit du sang » versus le « droit du sol » ou « nationalisme civique ». Pour nous la nation est une famille élargie. Autrement dit pour être un québécois de souche (française) il suffit d’être descendant direct des colons français d’origine.

Concernant la dilution. Lorsqu’on parle d’origine ethnique la majorité des européens sont des « frères », la différentiation se fait principalement par la langue et la culture même si ceux-ci sont très similaires vis-à-vis de ceux qui sont d’origine extra-européenne.

Dans le passé une immigration limitée irlandaise, écossaise, et même allemande s’est greffée à la population d’origine française pour y adopter les us et coutumes, la langue, et faire partie de la famille par mariage et ainsi de suite. Les descendants de ceux-ci, partageant le sang français sont donc d’authentiques « de souche ». Nous faisons remarquer aussi que l’héritage culturel et religieux est très similaire et ne menace en rien la souche originale si ceux-ci s’intègrent à la nation.

Ceci n’est pas le cas avec ceux d’origine extra-européenne qui souvent n’ont pas de parenté ethnique, linguistique, religieuse ou même culturelle et c’est là qu’il y a rupture avec la souche sur tous les points de vue.

Les Québécois de souche sont issus de familles spécifiques du temps de la Nouvelle-France, (c’est encore le cas pour plus de 80% de la population actuelle du Québec) un immigrant français peut donc être un « français de souche » sans être un québécois de souche, même si ethniquement ils sont identiques. Cela va de soi puisqu’il y eu une rupture de contact entre la mère patrie et la colonie depuis 1760. Mais tout comme les irlandais, écossais et allemands auparavant, les descendants de l’immigrant français peuvent facilement se greffer à notre peuple en y causant aucun tort ou modification.

En espérant que cela a répondu à votre questionnement.

FQS

 

2013-02-26 23:47

Fédération des Québécois de souche

suggestion de lecture: http://www.quebecoisdesouche.info/index.php?damystifier-le-droit-du-sang

Démystifier le droit du sang – Fédération des Québécois de souche

quebecoisdesouche.info

 

2013-02-27 01:08

Denis McCready

Merci d’avoir pris le temps de me répondre.

J’ai pris le temps de lire le texte joint, mais certains points de votre réponse me laisse perplexe. Ça soulève beaucoup plus de questions que je ne le croyais. Vous m’excuserez de vous assommer avec mes questions qui suivront, car le statut « de souche » me préoccupe beaucoup.

Vous dites : « Autrement dit pour être un québécois de souche (française) il suffit d’être descendant direct des colons français d’origine. »

Donc, si je comprends bien, une fois qu’on a un Français dans ses ancêtres, on est « de souche » peu importe notre « dilution » par la suite.

Un autochtone peut-il être « de souche » s’il a un ancêtre français? Selon votre déclaration, oui. Il y a donc, en vertu des unions depuis 1534, une poignée de Mohawks, d’Innus, de Cris et de gens des huit autres nations autochtones qui sont aussi Québécois « de souche ».

Par la suite vous vous contredisez : « Ceci n’est pas le cas avec ceux d’origine extra-européenne qui souvent n’ont pas de parenté ethnique, linguistique, religieuse ou même culturelle et c’est là qu’il y a rupture avec la souche sur tous les points de vue. »

Donc il faut une origine européenne, sinon une parenté ethnique, linguistique, religieuse ou culturelle.

En suivant cette logique, un immigrant européen se marie à une Québécoise « de souche » et s’intègre dans la « famille » et leurs enfants sont donc considérés « de souche ».

Quel statut donne-t-on aux enfants, si un parent est d’origine ethnique russe (européen), mais de confession juive? Est-ce que l’appartenance continentale prime sur la confession?

Et l’enfant d’un Bosniaque (européen musulman) et d’une Québécoise, est-il « de souche » de facto?

Et celui d’un Chinois (non-européen, mais chrétien) et d’une Québécoise?

Ou par exemple un enfant né d’un Haïtien (francophone, mais de religion vaudou) et d’une Québécoise?

Ou bien un Vietnamien (né bouddhiste), mais adopté par une famille québécoise « de souche » à l’âge de 2 ans et ayant grandi au Québec (même culture que les Québécois « de souche ») et qui épouse une Québécoise?

Si on s’en tient à la filière européenne, jusqu’à quand peut-on remonter en Europe pour qu’ils soient considérés comme des « frères » et aient donc la possibilité que leurs enfants soient des Québécois « de souche »?

Par exemple, un Français (né en France) dont les grand-parents sont nés en Algérie (donc en territoire français) et qui ont immigré en France, et dont le père a marié une Française, pourra-t-il avoir un enfant « de souche » avec une Québécoise?

Et quel est le statut de l’enfant qui a un parent québécois « de souche » et un parent d’origine espagnole (européen) ayant un ancêtre Marrane (de confession juive convertis au catholicisme durant l’Inquisition)?

J’ai retrouvé mes ancêtres en sol québécois jusqu’au 17e siècle, mais d’autres ne sont pas aussi chanceux que moi. En l’absence d’arbre généalogique, de registre fiable ou de documents officiels, comment fait-on pour prouver qu’on est « de souche »?

Souhaitez-vous que tous les immigrants actuellement au Québec se marient avec des Québécois(es) afin d’intégrer la famille et que leurs enfants soient « de souche »?

Vous dites : « Mais tout comme les (I)rlandais, (É)cossais et (A)llemands auparavant, les descendants de l’immigrant français peuvent facilement se greffer à notre peuple en y causant aucun tort ou modification. »

Donc les autres immigrants causent du tort au Québec?

Votre porte-parole entendu à la radio CKRS aujourd’hui réclame un moratoire sur l’immigration et il n’a pas fait mention d’une exclusion pour permettre l’immigration française. Est-ce que ce schisme actuel dans la Fédération des Québécois de Souche suggère que le groupe se scindera bientôt en deux camps : pour et contre l’immigration française?

Encore une fois excusez-moi de vous bombarder de la sorte, mais cette approche est difficile à comprendre quand on la compare à la définition (administrative) actuelle d’un(e) Québécois(es), soit quelqu’un qui habite le Québec depuis plus de six mois et qui paie ses impôts au Québec.

En espérant continuer à échanger sur ce sujet singulier, je vous salue.

Cordialement,

27 février 2013

 

2013-02-27 18:20

Fédération des Québécois de souche

La logique s’applique, la majorité des ancêtres doivent être de souche ainsi que l’identité et la culture. L’immigration massive extra-européenne au Québec est très récente et a commencée surtout à partir des années ’80. Si votre nom est d’origine française vous avez de très fortes chances de faire partie de la souche.

Si quelqu’un est en couple mixte il s’est lui-même exclu ainsi que ses descendants de la souche, si ses descendants ne reviennent pas vers la souche et s’identifient à une minorité, ils ne sont plus une partie intégrante de la nation. Vous citez une panoplie de cas d’exceptions… un peuple et une identité ne se modifient pas à chaque fois que quelqu’un venant d’ailleurs frôle notre sol. Cette situation chaotique est justement causée par l’immigration massive de populations étrangères. Auparavant, cette proportion était moindre et les immigrants changeaient même leurs noms de familles pour s’assimiler pleinement à notre société, aujourd’hui cela n’est plus possible à cause de la quantité.

Ensuite, non, nous ne souhaitons pas que tous les étrangers se mélangent avec les Québécois parce que la quantité d’étrangers en sol québécois est beaucoup trop grande et ceci pourrait dénaturer notre peuple.

L’immigrant ne cause pas de tort à notre peuple individuellement, mais l’immigration oui. Si une quantité industrielle d’immigrants n’ayant pas la même culture, race, identité et religion s’installe ici non seulement celle-ci est non-assimilable mais elle changera à jamais le caractère de notre pays et imposera éventuellement ses us et coutumes. Si cette population provient de centaines de nations différentes… c’est la disparition de la nation au profit du « citoyen du monde » déraciné qui aura lieu.

Pour ce qui est d’une scission au sein de la FQS, cela relève de la pure fabulation. Nous ne pouvons expliquer toutes les nuances dans une simple entrevue. Un moratoire est un moratoire, nous avons suffisamment d’immigrants au Québec, français ou non compris et de toute manière la France est prise avec des problèmes d’identité et d’immigration semblable au Québec et le reste de l’occident.

voici une lecture sur le métissage: http://www.quebecoisdesouche.info/index.php?sur-la-question-du-matissage

 

Sur la question du métissage – Fédération des Québécois de souche

quebecoisdesouche.info

 

 

En guise d’introduction…

Publié initialement le 11 janvier 2012 sur Voir.ca

Détenteur involontaire d’une soif de justice particulièrement tenace, j’ai décidé il y a quelques années d’utiliser ma réserve de vie pour explorer quelques endroits de ce curieux monde et faire œuvre de paludier d’idées, d’images et de mots.

J’ai commencé à lire le journal Voir dès le #1, en 1986, adoptant un rituel hebdomadaire qui incluait un café au lait et la lecture obligatoire de la chronique de Jean Barbe, alors rédacteur en chef. Depuis, j’ai préféré les récits aux romans, les reportages à la poésie, la photographie de guerre à celle de mode, lisant plus souvent en couverture souple qu’en couverture rigide.

Depuis plusieurs années, je suis interpellé par le fait que les médias sont remplis de voix inoffensives alors qu’il y a tant à dénoncer; autant de mauvais scénaristes de réalités immersives en sourde guerre psychologique contre les citoyens et opérant par gavage mental pour détourner notre attention, ou pire, pour nous maintenir dans l’ignorance.

Très jeune déçu par le genre humain, j’ai abordé l’âge adulte avec ce désir d’être une sentinelle citoyenne aux aguets; je suis prêt à sonner l’alarme ou aligner un phare sur tout ce qui va mal. Après des années à me débattre dans l’inaction, j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont montré, par l’exemple, qu’il était possible de changer le cours des choses. Prompt à m’indigner et à dénoncer l’inacceptable, j’ai depuis pris le pari de m’engager à agir concrètement dans ma société. Par le cinéma, en premier, ayant produit les documentaires « BAS! Au-delà du Red Light » et « Chercher le courant », puis par la prise de parole et les actions concrètes, après une curieuse suite d’événements…

À l’automne 2010, participant alors aux Auteurs du dimanche depuis plusieurs années, j’ai osé un texte de confrontation sur le thème « Rock ‘n Roll » imposé cette semaine là aux auteurs. J’y varlopais allègrement l’exceptionnalisme québécois et ce mythe récalcitrant que nous sommes un peuple « rock ‘n roll ». La réception a été plutôt bonne lors de la lecture publique au Verre Bouteille, en novembre 2010. Le texte resta inerte dans mon ordinateur jusqu’à ce qu’on m’invite, à l’été 2011, à participer au Café des Caprices, un autre cabaret, pour y lire un texte sur le thème « Vivre en ville ». Je commençai la rédaction, mais le texte était fade et presque pâteux en bouche. Cherchant une solution avant l’échéance, j’ai reconnu la parenté de mon humeur du moment avec l’ancien texte. N’ayant aucun scrupule à me phagocyter, je fusionnai les deux textes et en terminai la rédaction quelques minutes avant de le lire à une petite foule ayant bravé les pleurs de l’ouragan Irène. Encore là, excellente réception. Puis mon amie Johanne me suggéra de l’envoyer à Simon Jodoin du Voir.ca et il accepta de le publier, le 8 septembre 2011, dans la section JE PENSE QUE, sous son titre original :  « Lettre ouverte aux autres humains ».

Le texte a beaucoup circulé et m’a attiré de bons commentaires, quelques briques et une menace de mort déguisée. J’ai été happé par un mini-tourbillon de médias sociaux qui s’est rapidement effacé devant un événement de plus grande importance : le mouvement mondial d’occupation. Avec l’émergence de Occupy Wall Street, et ma participation subséquente à Occupons Montréal, j’ai été témoin de l’explosion de l’indignation citoyenne sur la place publique, dans la foulée du soulèvement espagnol et du printemps arabe. Regardant au-delà du camping urbain, mon ami Guillaume Pascale et moi avons fondé le site « Quatre-vingt-dix-neuf : Après l’indignation », aidé de Patrick Audinet et d’une poignée d’auteurs et d’artistes. Notre objectif est de publier des articles qui proposent des solutions concrètes à nos problèmes de société. Je continuerai d’y écrire des éditoriaux à chaque semaine (en reprise la semaine prochaine après l’accalmie festive qui vient de se terminer).

C’est en décembre dernier, après cet automne effervescent, que Simon Jodoin m’invita à bloguer pour le Voir, et donc me voici.

Je suis mû par une certitude profonde : le Québec est à un point tournant en 2012. J’ai donc envie que ce blogue soit une tribune pour aborder à ma manière une large gamme de préoccupations :

  • dépolluer le politique du corporatisme;
  • redonner aux QuébécoisEs le contrôle et le bénéfice de leurs ressources naturelles;
  • combattre la désinformation partout où elle se trouve;
  • plaider pour un respect inconditionnel des droits humains;
  • participer activement à informer et éduquer mes concitoyens.

Je partagerai mes réflexions, mes idées, mes bons coups, mais aussi mes erreurs, mes projets en cours et mêmes ceux abandonnés. Par moments, j’attaquerai les mythologies qui m’étouffent, à d’autres moments, je ferai un usage créatif de mes propres pannes, question de combattre l’inertie mentale. Quelques fois, je ferai des souhaits idéalistes et naïfs, question d’oser autre chose que le réalisme plat.

Je ne me gênerai pas pour parler d’art et de politique, et pour faire des liens entre des événements et sujets ailleurs dans le monde. J’afficherai aussi des liens vers mes autres créations : photographies, textes, entretiens radio. Je compte publier deux fois par semaine, tantôt un texte monolithique, tantôt un melting pot d’idées en ébullition.

« Vaste programme, monsieur! » pourriez-vous me dire en paraphrasant De Gaulle. Et donc… Go!

 

* * *

 

À l’occasion de l’événement « 10 ans de Guantánamo, 10 heures de prise de parole pour la liberté » organisé par Amnistie Internationale à Montréal le jeudi 12 janvier 2012, je vous propose le texte YEUX que j’ai écrit sur le sujet.

Aussi, si vous ne l’avez pas déjà vu, je recommande le très puissant film de Patricio Henriquez et Luc Côté sur la détention de Omar Khadr, « Vous n’aimez pas la vérité – 4 jours à Guantánamo ».

Tout ça demeure tristement d’actualité et il faut continuer de le dénoncer haut et fort.

Yeux

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
8 JANVIER 2006 AU DIABLE VERT

Contrainte: doit se passer sur une île déserte

C’est toujours le cri d’un oiseau ou le bruit des bottes qui me tirent du sommeil. La mer, même si elle est proche, même parfois en furie, ne me réveille jamais. Elle me berce plutôt dans le sommeil et c’est là mon seul réconfort, avec le ciel.

Ce matin, sauf la mer, c’est le silence plat. À mesure que j’émerge du sommeil, il y a quelque chose d’anormal dans tant de silence. Je n’entends pas mes voisins, Amir et Rahimoula. Peut-être sont-ils en interrogatoire. Pourtant, j’aurais entendu le bruit des soldats aller et venir; leur cellule est de part et d’autre de la mienne. Impossible de ne pas entendre ce bruit si familier de la chaîne qui traîne par terre, se balançant entre les chevilles.

Puis le silence s’étend encore plus loin. Je n’entends pas le grésillement du mégaphone de la base, un bruit de fond constant qui sort de vieux cornets de métal entre les appels aux soldats. Parfois j’arrive à comprendre un ou deux mots, avec mon anglais sommaire appris en regardant leurs vieux films.

Ce matin, même le bruit de fond du mégaphone est absent. Read More

Vagin

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
29 OCTOBRE 2005 – BAR L’INTRU

BA BE BI BO BU…

VA VE VI VO VU…

VAAAAAA…GIN!

Il y a toujours eu quelque chose dans la sonorité de VAGIN qui rend mal à l’aise. Deux syllabes qui tombent un peu court. Un mot habituellement prononcé doucement, pas trop de poumons.

(doucement) VAGIN, déclinable en VAGINALE. VAGIN mène aussi à VAGIR, pousser des vagissements, des cris de nouveau-né fraîchement sorti du VAGIN.

À part VAGINITE, pas agréable à avoir, et VAGINISME, pas l’fun non plus, il n’y a pas d’autres mots qui commence en V_A_G_I .Par contre, quelques mots bi-syllabes se termine en JIN. FRANGIN – ENGIN, Tous de genre masculin, pourtant un seul est vraiment féminin… Des mots plus facile. On ne se gêne pas, on les dit comme ça, sans penser. Je pense donc qu’il faut dépogner le mot VAGIN. Appliquons la technique du cri primal.

(cri primal) VAGIN Read More

Vermifuge

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE

23 OCTOBRE 2005 AU DIABLE VERT

Contrainte : quelqu’un doit se laver les mains

Ça commence par la mort de ma grand-mère. Une mort toute simple : elle passe un examen médical, le con de médecin fait faire un électrocardiogramme à l’effort – à 86 ans. Elle décède d’une crise cardiaque la nuit suivante. Née en 1900, elle a vu le 20e siècle passer avec sa modernité, sa connerie. Alors que ma famille s’occupait des arrangements funéraires, je me suis permis de fouiller dans son garage. Rapidement intrigué par une boîte à chapeau, je mis le doigt sur un aspect inconnu de la vie de ma grand-mère. Pas de chapeaux ni de bibelot, j’eus la surprise d’y trouver ceci.

Une Corona #3 fabriquée en 1917. Jusqu’ici, rien d’inhabituel; peut-être ma grand-mère avait occupé un poste de dactylo dans un bureau du centre-ville. La boîte contenait aussi trois grosses enveloppes. Dans la première, j’y découvris ce qui faisait certainement battre le cœur de ma grand-mère : les lettres manuscrites d’un jeune homme parti en janvier 1917 en Europe avec le Corps expéditionnaire canadien : Vital Charbonneau. Toutes les lettres avaient été ouvertes par la censure militaire, pourtant aucune n’avait été censurée. J’avais beau y chercher des indices de combats glorieux, des mentions de la prise de Vimy, Vital ne parlait que d’elle.

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Parfait

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
2 OCTOBRE 2005 – DIABLE VERT

Contrainte : placer le concept d’un appel à frais virés.

Oui…
Non…, non…
Est-ce que je peux te dire que je ne suis pas surpris…
Triste, oui, c’était mon meilleur ami… Mais surpris, pas du tout.

Je le sentais venir. Pas de courriels depuis deux mois, pas capable d’avoir son numéro de téléphone. Pis comme je n’ai pas les moyens d’aller en Azerbaïdjan à chaque semaine, ça me rongeait.

Ça fait vingt ans que j’attends cet appel, Evelyne.

Au début, je pensais que ça serait à cause de Josée, sa première blonde. L’amour de sa vie. Une fille de 19 ans au sourire angélique. Il l’a tellement aimé.
Elle l’a crissé là pour un autre en plein mois de décembre, mais comme les deux familles se connaissaient, il lui a demandé de faire tous les partys de Noël avec lui, question de ménager sa mère.
Imagine le p’tit couple idéal: les petits becs secs à table, les « nous », les « on » pour parler de l’université, du dernier concert rock, les matantes qui passent des remarques : hé, que vous êtes beaux ensembles.
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Chirurgie

TEXTE LU PAR SUZANN AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
7 MARS 2005 – BAR L’INTRU


Wow. J’ai reçu mon premier questionnaire rempli. C’est pour mon travail universitaire sur l’oppression des femmes musulmanes. L’enveloppe est un peu épaisse… Elle ouvre l’enveloppe (dont le texte est en italique)

Chère bachelière,

C’est moi ça, la bachelière.

Suite à la lecture de votre questionnaire, j’aimerais vous répondre plus longuement car votre système de choix de réponse me semble inadapté pour le sujet.

Ben là…

Premièrement, les choses sont rarement aussi simple que A, B, C ou D, et nous ne sommes jamais « toutes les réponses ci-haut mentionnées ». Vos choix de réponses sont biaisées.

OK… Read More

Cellule

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
13 FÉVRIER 2005 – BAR L’INTRU

– Excusez-moi… Combien de temps encore? Ok. Non, j’ai juste besoin d’écrire quelque chose. Merci.

C’est drôle comment la vie passe en coup de vent. Avec toutes les femmes que j’ai connues, j’ai pas réussi à avoir un enfant. Ou pas voulu, peut-être. Pas de petit paquet de nerfs dans ma vie pour polluer mon sommeil de fin de semaine, pas de garde partagée pour jouer au ping-pong hebdomadaire, pas de bâtard ou d’enfants illégitimes, d’ailleurs est-ce que ça veut encore dire quelque chose « illégitime »? Pas d’enfants non-désirés, du genre « Je suis enceinte pis j’le garde, pis t’as rien à dire… ». Pas d’enfants dont je ne suis que le géniteur parce que j’aurais rendu service à une inconnue moderne et indépendante dont l’horloge biologique était en feu. Pas d’avortons non plus, c’est ça un enfant avorté, il me semble, un avorton… ou est-ce que c’est un enfant dont l’avortement a manqué pis qui est sorti pareil? Pas moyen de trouver un dictionnaire ici…

J’ai pas mis une seule femme enceinte de toute ma vie.

Le plus près que j’ai été, c’était lors de ces conversations que j’ai eue très souvent avec une de mes Ex :
–    Je suis en retard… Read More

Liberté

TEXTE LU AU CABARET LITTÉRAIRE DES AUTEURS DU DIMANCHE
19 DÉCEMBRE 2004 – BAR L’INTRU

Bonjour. Pour les officiers d’infanterie qui se joignent à nous pour la première fois, je fais ce briefing en français pour faciliter votre immersion. If you don’t understand, raise your hand and I will repeat in English. N’oubliez pas que les Québécois trouvent sympathiques les étrangers qui parlent français.

Je suis l’officier en charge des opérations psychologiques de la mission. J’ai la citoyenneté américaine bien que je sois né ici[i]. Pour situer mon expérience dans l’histoire récente, j’ai travaillé au monitoring[ii] de l’ambassade canadienne à Sarajevo durant le conflit bosniaque et j’ai fait le recensement des militants anti-américains[iii] à Montréal du printemps 2001 jusqu’à la fin de l’opération Iraqi Freedom.

Un bref résumé pour les recrues qui prennent le relais en cette veille de Noël, nous sommes en opération de sécurité depuis l’attentat biologique du 11 juillet 2007. L’attaque de seven-eleven a utilisé le métro[iv] de Montréal comme mode de dissémination d’un agent pathogène. Seven-eleven a fait 12 560 victimes et les travaux de récupérations des derniers cadavres dans les souterrains sont presque terminés. Suite à cette attaque et aux émeutes déclenchées par les sympathisants aux terroristes, le « Combined Defense Plan »[v], l’accord de défense bilatéral négocié entre les deux pays, a été activé et le gouvernement Harper a demandé l’intervention de l’armée américaine pour maintenir la voie maritime ouverte et sécuriser l’Île de Montréal. Avec plus de 3000 terroristes détenus par certificat de sécurité[vi], nous sommes confiants du succès rapide de cette mission. Read More

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